La diversité de pratique à travers la prise en charge en médecine de famille

La diversité de pratique à travers la prise en charge en médecine de famille

Soyons sincères : la prise en charge n’a pas très bonne presse auprès des étudiants en médecine et des résidents en médecine de famille. Lorsqu’on soulève la diversité de pratique comme un attrait pour le choix de cette discipline, on s’empresse généralement d’amalgamer diversité de pratique et pratique en champ plus spécialisé comme l’urgence ou l’obstétrique. Des sondages réalisés auprès des résidents finissants nous apprennent qu’une proportion non négligeable de jeunes médecins choisit de ne pas inclure « la prise en charge » dans sa pratique. Cela dit, les taux de jeunes médecins qui choisissent de « faire du bureau » sont à la hausse. On évoque souvent la lourdeur des tâches clinicoadministratives et le manque de soutien administratif comme raisons pour ne pas faire de prise en charge. Certains avancent même que c’est parce qu’il s’agit d’une pratique moins stimulante sur le plan des défis cliniques. Pourtant, « faire du bureau » en 2016 comporte des avantages indéniables. Le comité de la relève au CQMF a cru bon de vous présenter quelques facettes méconnues de la prise en charge.

Certes, le suivi longitudinal en bureau peut paraitre une tâche lourde durant la résidence, et avec raison. D’une part, la formation médicale, majoritairement réalisée en milieu hospitalier, ne nous prépare pas bien au suivi ambulatoire. C’est également la première fois où nous sommes confrontés à un niveau de responsabilité aussi élevé et à un suivi longitudinal auprès de nos patients, ce qui peut être, somme toute, assez anxiogène. De plus, la supervision directe à la caméra ou au miroir peut également devenir un irritant qu’on associe à la prise en charge. Le travail clinicoadministratif (gestion des laboratoires, formulaires à remplir, retours d’appels, etc.) peuvent également devenir « la goutte de trop » à la fin d’une journée chargée.

Le contexte politique actuel et les règles de gestion des plans d’effectifs en établissement font en sorte qu’il est difficile d’obtenir un poste en établissement pour y avoir une pratique exclusive. Il est plus facile d’obtenir des privilèges en établissement en association avec des AMP de prise en charge de 500 patients.

La prise en charge doit-elle être considérée uniquement comme un purgatoire pour les médecins qui souhaitent accéder à des activités hospitalières ?

En tant que médecins nouvellement en exercice, nous avons été agréablement surpris d’apprécier autant le bureau. Et en fouillant un peu, nous nous sommes rendu compte que cette surprise est plus répandue qu’on ne le croit parmi nos collègues. Plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce constat, notamment le fait que les conditions du suivi en bureau soient très différentes entre la résidence et la pratique d’un médecin autonome.

Lorsque la prise en charge occupe une part importante de notre temps clinique, le nombre de patients suivis augmente rapidement par rapport au nombre de patients suivis comme résident. La variété des cas cliniques explose à son tour. L’intégration du modèle d’accès adapté y contribue également.

Entre les suivis de maladies chroniques et la gestion de cas plus aigus, les compétences mises à contribution à l’intérieur d’une même journée au bureau sont très diverses. Nous qui pratiquons également en milieu hospitalier, nous avons été étonnés de constater dans nos premiers mois de pratique que la routine et la répétition sont parfois bien plus présentes à l’hôpital qu’au bureau. La capacité de voguer entre suivis et gestion de cas plus aigus nous demande de rester flexibles et polyvalents.

À notre avis, rien ne pourrait être plus faux que d’affirmer que la prise en charge est ennuyeuse et répétitive. Comme l’explique la Dre Patenaude-Blais, jeune médecin de famille : « J’ai vu de tout en accès adapté. Toutes les sortes de “ites” : appendicite aiguë (oui, vraiment !), diverticulite, épididymite, thrombophlébite, etc. Des petites techniques, des infiltrations. C’est très stimulant et valorisant. Stimulant parce que c’est varié et intéressant. Valorisant parce que j’arrive à répondre à un besoin de mon patient au bon moment, tout le monde est content ! »

La prise en charge en GMF offre également des possibilités de travail interprofessionnel intéressantes. « (…) la pratique en GMF est géniale. Le suivi conjoint avec les infirmières pour les maladies chroniques facilite vraiment la prise en charge », selon la Dre Patenaude-Blais.

C’est aussi au bureau qu’on se sent véritablement apprécié de nos patients. Bien sûr, ce n’est pas tous les jours qu’on a l’impression de « sauver une vie » au bureau comme ce peut être le cas à l’urgence ou à l’hospitalisation, où les patients présentant une condition instable sont plus nombreux (et encore là, ça n’arrive pas si souvent à l’hôpital, entre vous et nous). Les patients revus au bureau nous amènent un fort sentiment d’accomplissement lorsqu’on réalise comment notre traitement a amélioré leur qualité de vie et diminué leurs symptômes.

Il n’en demeure pas moins que les activités hospitalières occupent une part importante de notre formation et, comme médecins de famille, nous sommes plusieurs à y être fortement attachés : elles nous permettent de continuer à cultiver notre polyvalence et à voir des cas différents de ceux rencontrés au bureau. Elle est également stimulante sur plusieurs plans. Néanmoins, nous croyions nécessaire de dédier un court texte à la prise en charge au bureau et espérons que celui-ci aura pu lui faire « bonne presse ».

Vous vous posez des questions sur votre choix de carrière ? Le stress de la résidence vous envahit ? Vous êtes en début de pratique et avez besoin de soutien ou de mentorat ? Le CQMF est là pour sa relève. Suivez les activités du comité de la relève sur notre page Facebook et informez-vous à propos de notre programme de mentorat !

Cet article utilise l’orthographe moderne recommandée.

Marie-Claude Moore et René Wittmer, CQMF
Dre Marie-Claude Moore et Dr René Wittmer
Membres du comité de la relève du CQMF
Avec la participation spéciale de la Dre Renée-Anne Patenaude-Blais

 

Cet article utilise l’orthographe moderne recommandée.

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