La médecine de famille… Un choix par défaut?

La médecine de famille… Un choix par défaut?

C’est avec grand plaisir que je vous présente cette première parution de Première Ligne en tant que nouvelle rédactrice en chef. C’est aux côtés d’une équipe de rédacteurs et rédactrices très enthousiastes que je tenterai de vous faire connaître les mille et unes facettes de la médecine de famille ! J’aimerais entreprendre cette mission en discutant de la place de la médecine de famille dans le choix de carrière des étudiants en médecine.

La médecine de famille est une pratique riche en diversité qui mértie d'être considérée à sa juste valeur.

La médecine de famille est une pratique riche en diversité qui mértie d’être considérée à sa juste valeur.

Un professeur, ou même un de vos proches, vous a peut-être déjà dit que vous aviez tout le talent nécessaire pour être un grand chirurgien ou une grande interniste et que choisir la médecine de famille serait un véritable gâchis.  Certes, ce n’est pas toujours aussi direct, mais il n’en demeure pas moins que la valorisation des autres spécialités médicales au détriment de la médecine de famille se fait ressentir pour plusieurs d’entre nous. La médecine de famille est-elle un choix par défaut? Pourquoi la médecine de famille a-t-elle autant de mal à se faire reconnaître comme une spécialité?

Être médecin de famille, c’est facile! Vraiment? Permettez-moi de vous donner mon opinion personnelle sur le sujet. Pour moi, un médecin de famille doit être à la fois spécialiste de rien et spécialiste de tout. Cela représente déjà un bon défi en soi, qui requiert humilité et rigueur.  Comme omnipraticien, il faut savoir dire « je ne sais pas  », mais il ne faut passer à côté de rien ! Arrêtez-vous un instant et pensez à la formation continue d’un médecin de famille.  Le champ d’expertise de cette spécialité médicale est si vaste, par où commencer?

Le médecin de famille doit de plus être quelqu’un de très sociable ! Bien sûr, beaucoup de médecins de nos jours collaborent quotidiennement avec des infirmières, des pharmaciens, des travailleurs sociaux, des physiothérapeutes, etc. Or, le médecin de famille doit, en plus de tout ce beau monde, partager la tâche avec des cardiologues, des pneumologues, des urgentistes, etc. Il faut alors sortir ses talents de chef d’orchestre afin d’offrir des soins de qualité pour le patient tout en étant le plus efficace possible.

Comme si ce n’était pas assez, les omnipraticiens ont également une responsabilité sociale très importante. En effet, ce sont principalement les médecins de famille qui sont omniprésents dans la communauté et sont amenés à jongler avec toxicomanie, immigration, soins en milieu carcéraux, soins à domicile, soins de fin de vie, santé mentale, prévention et santé publique.  De plus, on fait maintenant appel aux omnipraticiens pour couvrir l’urgence et les hospitalisations.  Pas étonnant que tant de québécois soient orphelins, devant l’ampleur de cette tâche.

Question d’ajouter la « cerise sur le sundae », on demande aux médecins de famille d’avoir complété un doctorat en secrétariat. Télécopie par-là, document de CSST par-ci, formulaire de demande d’ordinateur pour patient dyslexique, lettre pour l’employeur d’un patient atteint de VIH, questionnaire médical SAAQ … ça ne fini plus la paperasse!

Mon objectif, ici, n’était bien sûr pas de vous  décourager de choisir la médecine de famille parce que c’est difficile.  Je voulais simplement briser le paradigme actuel selon lequel la médecine de famille est une « sous-spécialité » qui ne mérite que d’être considérée comme deuxième choix.  Il s’agit probablement au contraire de la spécialité la plus importante dans le système de santé actuellement.  Comme étudiants et futurs médecins, nous nous devons de lui attribuer toute la notoriété qu’elle mérite!  Ne vous laissez pas influencer par le prestige d’une spécialité ou encore le jugement des autres la prochaine fois que quelqu’un vous questionne sur votre choix de carrière !

J’aimerais finalement profiter de l’occasion pour vous annoncer l’introduction d’une toute nouvelle chronique qui abordera les différents enjeux sociopolitiques en santé. Pour cette première édition, un excellent article d’une étudiante de l’Université de Montréal nous offre une réflexion sur son stage de santé publique à Taïwan!

Bonne lecture de ce premier numéro de Première Ligne de l’année 2015-2016! Au nom de toute l’équipe, je vous souhaite une excellente rentrée!

Chanel Béland, rédactrice en chef, Première ligne 2015-2016
Chanel Béland, rédactrice en chef, premiereligne.org
Externe 1, Université de Montréal

Dans ce numéro