La supervision des résidents

La supervision des résidents

Quand vient le temps de valoriser la médecine familiale auprès des étudiants, de nombreuses variétés de pratique sont présentés afin de rejoindre les intérêts de chacun. La supervision des résidents est un volet dont on parle peu, mais qui occupe pourtant une place importante dans la pratique des médecins de famille au Québec. Avec l’augmentation de la taille des cohortes en médecine et avec la résidence en médecine familiale qui gagne en popularité, de nouvelles unités de médecine familiale (UMF) ont été créées au cours des dernières années, augmentant du même coup le nombre de médecins de famille ayant pour rôle l’enseignement aux résidents.

Trois médecins de famille qui exercent à l’UMF Estrie à Sherbrooke, avec des profils de pratique assez différents, ont accepté de répondre à des questions portant sur la supervision des résidents ainsi que sur leur parcours. Ce peut-être par vocation ou par un concours de circonstances que ces médecins en sont venus à avoir de telles responsabilités, mais en tous les cas, c’est une passion contagieuse qui les unissent.

En quelques phrases, pouvez-vous décrire votre parcours académique et ce qui vous a mené à devenir médecin de famille?

Dre Joanie RinfretDre Joanie Rinfret
Tout de suite après mon CEGEP, j’ai débuté mes études prédoctorales à l’Université de Sherbrooke. Je suis rapidement tombée en amour avec la ville et les valeurs de l’université alors j’ai continué en faisant ma résidence à l’UMF Estrie où je me suis établie ensuite pour ma pratique comme médecin et professeur. Dès les premières années à l’université, je savais que je voulais être médecin de famille pour être « le docteur de quelqu’un ». Pour moi, cela signifie être l’alliée de mon patient pour sa santé tout au long de sa vie, autant pour les aspects préventifs et les petits bobos que pour les moments plus difficiles, incluant la fin de la vie. J’ai d’ailleurs eu la chance de côtoyer plusieurs médecins de famille durant mes études prédoctorales, qui ont su me confirmer que c’était un bon choix.

Aujourd’hui, je dirais que le défi de toujours être à jour dans ses connaissances est celui qui m’apparaît le plus évident, bien que ce soit un aspect positif de ma pratique également!

Dre Diane Sheehy
Ce qui m’a mené à de venir médecin de famille c’est le désir de continuité, le goût de la diversité et l’ambition d’améliorer la qualité de vie des patients dans leur globalité.

Dr Éric Lachance
Je suis originaire de Sherbrooke. J’ai terminé mes études médicales à l’Université de Montréal en 1993 et j’ai fait ma résidence (1993-1995) à l’UMF Notre-Dame. J’ai choisi la médecine de famille pour la grande diversité de pratique que cela permettait et pour le contact privilégié avec les patients. Je suis un « touche-à-tout », encore aujourd’hui. Je peux dire que je ne suis pas déçu de mon choix, particulièrement pour la satisfaction de suivre une clientèle de façon continue.

On m’avait même offert de devenir professeur à l’UMF Notre-Dame, mais j’ai préféré travailler en région pour me plonger dans la pratique clinique de façon intense!

Comment en êtes-vous arrivé(e) à faire de la supervision de résidents? Était-ce une ambition que vous aviez dès le départ?

Dre Joanie Rinfret
Il y a longtemps, quand je me questionnais sur mon plan de carrière, j’avais eu l’idée d’enseigner. Finalement, c’est la médecine qui a pris le dessus mais cette envie de transmettre mes connaissances était toujours restée. Quand j’ai su que je pouvais demeurer à l’UMF pour ma pratique, j’étais enchantée car je pouvais réunir mes deux passions. Si je n’avais pas eu la chance de débuter ma pratique dans une UMF, j’aurais sans doute fait des démarches pour inclure de l’enseignement à ma pratique plus tard.

Dre Diane Sheehy
Comme étudiante en médecine, certaines de mes collègues m’ont dit avoir grandement apprécié mon aide dans leur étude et ce sont elles qui m’ont fortement encouragée à m’engager dans une carrière d’enseignement.

Dr Éric LachanceDr Éric Lachance
Oui, j’avais l’intérêt d’enseigner et de superviser dès la fin de ma résidence. Cependant, je ne me sentais pas prêt à débuter immédiatement ce type de pratique. On m’avait même offert de devenir professeur à l’UMF Notre-Dame, mais j’ai préféré travailler en région pour me plonger dans la pratique clinique de façon intense! J’ai donc travaillé trois ans à Amos en Abititi. Ce fut une expérience formidable. Une fois « mature », j’ai voulu me rapprocher d’un centre universitaire et d’une UMF. J’avais rencontré un collègue qui travaillait à Sherbrooke et il m’a mentionné qu’on recrutait à l’UMF Estrie. C’est ainsi que je suis revenu « chez moi » en 1998!

Outre la supervision de résidents, quels sont les autres volets de votre pratique médicale? À quoi peut ressembler une semaine type?

Dre Joanie Rinfret
Mes semaines sont très différentes les unes des autres et c’est un aspect de mon travail que j’apprécie énormément, bien que certains croient que c’est trop éparpillé! Je suis rarement une journée en entier au même endroit. Par exemple, je peux faire du bureau (suivi de patients) en avant-midi et le suivi de mes patients en CHSLD en après-midi. Mes semaines sont ponctuées de 2 à 3 cliniques, où je supervise des résidents, et de tâches administratives et de comités dans lesquels j’ai décidé de m’impliquer. Finalement, environ à chaque six semaines, je suis de garde en milieu hospitalier où je m’occupe de patients plus malades. J’ai donc un horaire très stimulant et varié.

Dre Diane SheehyDre Diane Sheehy
J’ai un intérêt pour la périnatalité (suivi de grossesse, salle d’accouchement, suivi des enfants) et pour la chirurgie mineure. J’effectue également des gardes pour les femmes victimes d’agression sexuelle. Les semaines sont toujours bien remplies! En général, ça pourrait ressembler à deux demi-journées de supervision, quatre demi-journées de clinique (obstétrique et bureau régulier), de 24 à 48 heures de garde à la salle d’accouchement et pour les victimes d’agression sexuelle, une demi-journée d’administration et de réunions (étant responsable de l’enseignement formel pour les résidents de l’UMF, responsable de l’enseignement de la périnatalité, chef de service de périnatalité…), une demi-journée de cours à différents niveaux (ICP, cours aux résidents, ateliers, ARC avec les externes) et une demi-journée par mois en chirurgie mineure.

Le plus grand défi est sûrement la gestion du temps. On aimerait parfois en faire plus en supervision, mais il faut gérer les retards des cliniques, les fins de cliniques et le retour dans nos familles.

Dr Éric Lachance
À l’UMF Estrie, nous participons tous à la supervision des résidents, externes et infirmières IPS. De plus, nous faisons du suivi de patients en bureau et la clinique de dépannage (sans rendez-vous). Nous participons à un système de garde : pour ma part, il s’agit de l’hospitalisation au CHUS-Hôtel-Dieu. Je fais aussi la clinique de chirurgie mineure. La plupart d’entre nous sommes aussi impliqués dans des volets de gestion de la pratique et/ou à la Faculté de médecine. Une semaine type est donc constituée de plusieurs volets différents et n’est donc jamais ennuyante : je fais 3 demies-journées de supervision, 2 demies-journées de clinique, un sans rendez-vous, puis gestion et enseignement à la Faculté complètent ma semaine.

Quels sont vos rôles dans la formation des résidents?

Dre Joanie Rinfret
Le plus souvent, mon rôle est celui de superviseur clinique, c’est à dire que je fais de la supervision directe (derrière un miroir) et indirecte. J’ai aussi été appelée à donner des cours théoriques et à aider à organiser les journées de cours aux résidents. Plus récemment, je suis devenue adjointe académique de mon UMF, c’est à dire que je suis responsable de l’aspect formation des résidents, soit leurs horaires, leur exposition clinique et leur bien-être comme résident. C’est un nouveau défi que j’apprécie beaucoup car il me permet de rester proche des résidents et de leur réalité.

Dre Diane Sheehy
Je suis superviseur dans une extraordinaire équipe de médecins-enseignants avec laquelle j’effectue de la supervision directe et indirecte, ainsi que de la supervision en salle d’accouchement et en chirurgie mineure. Je donne également des cours formels multiples (EMP de l’enfant, EMP de l’adulte, suivi de grossesse, réanimation néonatale, cinq ateliers pratiques en obstétrique, SIU et cours de dermatologie).

Dr Éric Lachance
Encore là, il y a plusieurs volets. Bien sûr, la majeure est la supervision indirecte en clinique (le résident voit des patients, puis vient en discuter avec nous et nous revoyons le patient au besoin). Il y a les supervisions directes (nous observons la travail du résident derrière un miroir), 1 fois par mois par résident. Nous participons tous à divers degrés à donner des cours sur les connaissances nécessaires à la pratique de première ligne et sur la communication avec les patients et la famille. Il y a aussi la préparation aux examens terminaux avec des simulations pour les résidents.

Quels sont les plus grands défis que soulève votre rôle de superviseur au sein de l’UMF?

Dre Joanie Rinfret
Il y a plusieurs défis. Pour ma part, comme j’ai commencé assez jeune, j’ai trouvé difficile au début de prendre mon rôle d’évaluateur et d’avoir quelque chose à apprendre aux résidents! Heureusement, comme nous travaillons en équipe dans mon milieu, j’ai été bien supportée par mes collègues et la transition en a été facilitée. Aujourd’hui, je dirais que le défi de toujours être à jour dans ses connaissances est celui qui m’apparaît le plus évident, bien que ce soit un aspect positif de ma pratique également!

Dre Diane Sheehy
Le plus grand défi est sûrement la gestion du temps. On aimerait parfois en faire plus en supervision, mais il faut gérer les retards des cliniques, les fins de cliniques et le retour dans nos familles.

Dr Éric Lachance
Lors de supervision en clinique, le défi  est d’effectuer deux tâches en même temps, soit superviser le raisonnement du résident et résoudre la situation clinique du patient. Nous devons décider quand retourner voir le patient et comment le faire pour ne pas interférer dans la relation thérapeutique entre le résident et le patient. Il y a aussi le défi de concilier les multiples tâches entre les activités d’enseignement et la clinique.

Qu’est-ce que cela vous apporte? Cela a-t-il influencé votre pratique?

Dre Joanie Rinfret
En plus de l’aspect de se tenir à jour comme mentionné plus tôt, je dirais que d’enseigner me permet de maintenir ma passion pour la médecine. Quand on enseigne, on est souvent obligé de s’arrêter et de se regarder aller. Cela nous permet de voir nos progrès, de corriger nos défauts, mais aussi de réaliser nos accomplissements et de repenser à pourquoi on a choisi ce métier!

Dre Diane Sheehy
Je dirais, en bref, que c’est parfois exigeant mais toujours stimulant!

Dr Éric Lachance
C’est extrêmement stimulant et très gratifiant. Les journées ne se ressemblent pas. Les interactions avec les résidents sont très stimulantes sur les plans personnel et intellectuel. Cela nous oblige à se tenir à jour. En même temps, le fait d’être dans une équipe d’enseignement est une forme de formation continue, car nous avons des échanges continuellement entre collègues. Il s’agit d’un travail d’équipe très intense et très dynamique. Tout ceci en fait une pratique particulière.

Croyez-vous qu’il est nécessaire d’avoir une formation supplémentaire pour faire de l’enseignement aux résidents?

Dre Joanie Rinfret
Pour ma part, j’ai complété un programme de formation en pédagogie des sciences  de la santé donné à l’Université de Sherbrooke et fait sur mesure pour les enseignants en clinique. Cette formation m’a été très utile  et m’a permis d’avoir plus confiance en mes capacités et d’acquérir un vocabulaire et une pensée plus pédagogique. Je crois que la majorité des gens bénéficieraient de formations supplémentaires, mais il y a aussi d’excellents professeurs sans formation qui ont appris à nager en se jetant à l’eau!

Dre Diane Sheehy
Pour être enseignant auprès des résidents il faut, en plus d’être médecin, avoir aussi une formation sur les grands principes pédagogiques (formation de base) mais aussi une formation professorale continue sur les nouveautés, les difficultés rencontrées, les façons d’aider nos résidents, etc.

Dr Éric Lachance
Oui, sans faute, mais cela peut prendre diverses formes. On peut se joindre directement à une équipe d’enseignants après notre résidence, mais je suggère alors une période de transition sous forme d’un mentorat pendant quelques années. On doit suivre un minimum de formation qui peut s’étaler sur quelques années aussi, après d’une faculté de médecine. Il existe des formations un peu plus approfondies, par exemple le micro-programme de pédagogie de la FMSS de l’Université de Sherbrooke. Il y a aussi la possibilité de débuter dès la résidence, en choisissant comme milieu de stage une UMF expérimentée en termes de volume de résident et de professeurs. Enfin, chaque programme de résidence en médecine de famille offre le programme du « résident érudit » qui permet de faire sa résidence en trois ans avec un parcours particulier en pédagogie et recherche.

Dans le même ordre d’idées, quelles qualités croyez-vous qu’un bon superviseur doit avoir?  

Dre Joanie Rinfret
Un bon superviseur doit, selon moi, être patient, à l’écoute des besoins de l’apprenant et un bon communicateur. Évidemment, il doit avoir de bonnes connaissances pour les transmettre mais ce n’est pas suffisant de n’avoir que ça. Finalement, je crois qu’un bon professeur se doit d’être « contagieux », c’est-à-dire qu’il doit transpirer sa passion et ainsi la transmettre aux autres en étant un modèle de rôle au quotidien.

Dre Diane Sheehy
Les qualités d’un bon superviseur sont : souplesse, disponibilité, capacité d’écoute, capacité de développer le raisonnement clinique en allant chercher les connaissances de l’étudiant et d’ajouter à ces connaissances antérieures, capacité d’évaluation, capacité de mettre en place des stratégies d’aide pédagogique et un peu d’humour aussi afin d’avoir un bon climat d’apprentissage!

Dr Éric Lachance
Patience, passion, polyvalence, dynamisme, empathie, mais surtout l’intérêt de donner une partie de son temps pour les médecins de demain!

Quels conseils auriez-vous à adresser à un étudiant en médecine qui désire se diriger vers une carrière comme la vôtre, c’est-à-dire une pratique en UMF?

Dre Joanie Rinfret
C’est sûr que je l’encouragerais! La vie de médecin enseignant est définitivement un choix de carrière stimulant. Je pense que les clés du succès sont : de s’entourer d’une belle équipe, d’assister à quelques formations en fonction de ses besoins et de prendre le temps de consulter certaines personnes clés de son milieu avant de se lancer.

Dre Diane Sheehy
On a besoin de relève motivée et stimulante alors j’encouragerais les candidats avec des intérêts en enseignement. Je leur dirais qu’ils ne s’ennuieront pas, c’est certain!

Dr Éric Lachance
Vous pouvez suivre des formations particulières en vue de faire de l’enseignement  ou vous pouvez aussi simplement vous impliquer tout doucement dans un milieu d’enseignement et vous laisser tenter par les multiples opportunités qui s’offriront à vous!

Marie-Laure Dolbec
Étudiante en 3e année de médecine
Université de Sherbrooke

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