L’expérience longitudinale en médecine familiale (ELMF) est un cours offert par le Département de médecine de famille de l’Université McGill et constitue l’introduction clinique des étudiants en médecine. Au cours de la première année, nous sommes jumelés individuellement à deux médecins précepteurs en médecine de famille, un lors de la première session et un lors de la seconde. Nous effectuons sept demi-journées avec chacun d’eux, pour un total de quatorze séances cliniques. Les étudiants sont répartis dans divers milieux cliniques à Montréal et dans les régions environnantes, ce qui permet une grande diversité d’expériences. L’ELMF favorise ainsi une immersion précoce dans le monde des soins primaires et une compréhension concrète du rôle du médecin de famille. Chaque stage est unique et met en lumière l’influence profonde des médecins de famille dans la vie de leurs patients et de leur communauté. Certains étudiants ont accepté de partager leur témoignage.

Philippe Vincent, étudiant en deuxième année de médecine, raconte son expérience d’ELMF durant sa première année en médecine dans une clinique de Kanesatake. Il a pu constater de près la relation privilégiée entre la médecin de famille et ses patients, ainsi que la confiance profonde que ceux-ci lui accordaient. Dans un contexte autochtone marqué par des réalités complexes, il a réalisé à quel point l’établissement de cette relation de confiance est essentiel et précieux. Il explique que sa médecin préceptrice, qui elle-même fait partie de la communauté, « pouvait aborder une multitude de sujets avec les patients, ce qui leur permettait de s’ouvrir beaucoup à elle ». Il souligne le privilège qu’il a ressenti de pouvoir être témoin de cette relation et de cette confiance. De plus, Philippe apprécie particulièrement les soins longitudinaux que la médecine familiale peut offrir à ses patients. Selon lui, la médecine familiale permet de « connaître nos patients, comprendre un peu leur trajectoire de vie quand ils étaient jeunes, puis plus tard, en les aidant à travers les différentes étapes de leur vie ». Il ajoute que « c’est comme si l’on grandissait avec ses patients ».
Laura Lentini, étudiante en première année de médecine, a effectué son ELMF dans une clinique de soins primaires pédiatriques à Montréal. Elle décrit cette expérience comme unique et très enrichissante, lui ayant permis de travailler auprès d’enfants et de leurs familles tout en étant exposée à une grande diversité de situations cliniques. Les cas rencontrés allaient de problématiques courantes, comme les maux de gorge ou les infections respiratoires, à des enjeux plus complexes tels que les difficultés d’allaitement, les délais de développement, les urgences pédiatriques, les consultations en santé mentale, le counseling vaccinal, et bien plus. Elle a été particulièrement marquée par l’ampleur du champ de pratique de sa médecin préceptrice et par la variété des cas pris en charge. Pour Laura, cette diversité est l’un des grands atouts de la médecine familiale : « Je suis toujours prête à relever un nouveau défi. Ce que j’adore en première ligne, c’est la diversité des patients et des situations. Chaque consultation est différente, c’est stimulant et ça pousse à rester attentive et à apprendre constamment. »
Stéphane Ndounda Hessel, étudiant en première année de médecine, revient sur son ELMF réalisée au sein d’un GMF à Lachine. Cette immersion lui a permis de mieux comprendre le fonctionnement de la médecine familiale au sein d’une équipe interdisciplinaire, en collaboration avec des nutritionnistes, psychologues, physiothérapeutes et ergothérapeutes. Il a particulièrement apprécié cette dimension collaborative, qu’il considère essentielle à la solidité et à l’efficacité des soins de première ligne. Parmi les consultations observées, très variées, celles en santé mentale l’ont particulièrement marqué grâce à la compétence et à l’humanité de son médecin précepteur auprès de patients présentant des enjeux complexes. Son ELMF a renforcé sa vision de la médecine de famille comme « une spécialité transversale, exigeant à la fois une grande largeur et profondeur de connaissances, tout en demeurant profondément centrée sur l’humain ». De plus, il a pu redécouvrir ce qu’il appréciait chez son propre médecin de famille : « faire en sorte que le patient se sente écouté, en sécurité et en confiance avec un médecin qui fonde sa pratique sur des compétences solides ». Dans l’ensemble, il sent que cette expérience a confirmé pourquoi il a choisi la médecine.
Alyssa Reale, étudiante en première année de médecine, a vécu une expérience d’ELMF particulièrement unique. Elle a travaillé aux côtés d’un médecin de famille précepteur au sein d’un GMF à Saint-Léonard, spécialisé en interventions chirurgicales mineures. Au cours de cette expérience, elle a pu observer plusieurs procédures, notamment des kystectomies, des fibromectomies et des biopsies par excision, ainsi que d’autres interventions comme des infiltrations. Selon Alyssa, cette expérience lui a permis de découvrir que la médecine familiale peut être très procédurale si on le souhaite, une réalité qu’elle ne connaissait pas avant de débuter son ELMF. « J’ai senti que ce stage me convenait parfaitement, puisque j’aime travailler avec mes mains et résoudre des problèmes en temps réel. Pouvoir intégrer tout cela à une pratique familiale, tout en exerçant une pratique super variée, a été vraiment intéressant », explique-t-elle.
Pour ma part, ma première ELMF a été une expérience marquante qui m’accompagnera tout au long de ma formation médicale. J’ai été jumelée à une médecin préceptrice du GMF-U de l’Hôpital général du Lakeshore qui pratique également l’obstétrique à l’hôpital. J’ai même eu la chance d’assister à un accouchement! Cette expérience a suscité chez moi un intérêt pour la périnatalité en médecine de famille. J’ai particulièrement apprécié le caractère profondément humain de cette spécialité. Ma préceptrice connaissait très bien ses patients et la relation de confiance qui les unissait était évidente. Sa capacité à répondre à une grande diversité de préoccupations, appuyée par une expertise clinique étendue et une relation médecin-patient privilégiée, faisait en sorte que chaque patient quittait la consultation en se sentant écouté et rassuré. Cette expérience m’a donné un aperçu du type de médecin que j’aspire à devenir et m’a vraiment inspirée.
À PROPOS DE L’AUTRICE
Olivia Mazzuca est étudiante en médecine à l’Université McGill (campus de Montréal), de la promotion 2029. Elle est représentante des étudiants de première année en médecine au sein du Groupe d’intérêt en médecine familiale (GIMF) de McGill, ainsi que représentante de cours pour l’expérience longitudinale en médecine familiale.









