La pratique en milieu carcéral avec Dre Geneviève St-Georges

La pratique en milieu carcéral avec Dre Geneviève St-Georges
Selon Dre St-Georges, une bonne solidité psychologique est primordiale, puisque les médecins sont fréquemment confrontés à des problématiques importantes de santé mentalePhoto : Alexandro De Roa, Pexels

Médecin de famille dévouée, humaine et dynamique, Dre St-Georges est un modèle positif et inspirant qui fait briller chaque jour la spécialité de la médecine de famille. Après avoir terminé son doctorat en médecine à l’Université Laval et sa résidence au GMF-U de Chicoutimi, elle est revenue travailler à Rimouski, sa ville natale, où elle pratique principalement l’obstétrique, la clinique, la détention, les trousses médico-légales et l’enseignement.

Pourquoi avoir choisi la médecine de famille?
Pour Dre St-Georges, le choix de la résidence en médecine familiale s’est avéré très simple. Elle a toujours su qu’elle souhaitait devenir médecin de famille, principalement en raison de la grande diversité qu’offre cette spécialité. Ayant de nombreux intérêts, notamment en périnatalité, en dermatologie, en santé mentale et en techniques chirurgicales, la médecine familiale lui permet de combiner l’ensemble de ces domaines au sein d’une même pratique. Selon elle, il s’agit tout simplement de la plus belle spécialité médicale.

Description de la pratique en milieu carcéral
À Rimouski, la pratique médicale en milieu carcéral est assurée par une équipe de cinq médecins de famille. Chacun d’eux s’assure ainsi de faire une semaine de garde sur appel à la détention provinciale de la région. Au cours de cette semaine, le médecin se déplace une demi-journée sur place afin de faire du sans rendez-vous. Le reste du temps, une infirmière s’occupe de voir les patients et détermine la nécessité de contacter le médecin pour une consultation téléphonique.

À son arrivée au centre, Dre St-Georges s’assoit avec l’infirmière afin de réviser les différentes demandes de consultation faites par les détenus. Ensemble, elles déterminent lesquels seront placés dans l’horaire de la demi-journée. Par la suite, les détenus sont vus un à un dans le petit centre de santé du milieu. Ces derniers sont toujours accompagnés de deux agents de sécurité, et ce, même pendant la consultation médicale. Ainsi, selon l’envergure des cas, le nombre de patients vus en détention diffère d’une journée à l’autre.

Le reste de sa semaine de garde, Dre St-Georges effectue sa pratique régulière, mais conserve toujours sur elle son téléavertisseur. En cas d’urgence à la détention, l’infirmière communique avec elle. La majorité des situations peuvent être prises en charge à distance, que ce soit par l’ajustement ou la prescription de médicaments, la demande d’examens de laboratoire ou l’enseignement à l’infirmière quant aux signes cliniques nécessitant une réévaluation. Lorsque la situation requiert une surveillance ou des soins plus complexes, le détenu est alors transféré à l’urgence.

Comment la prise en charge médicale diffère-t-elle entre la détention et un milieu hospitalier classique?
Contrairement à ce que certains pourraient penser, les problèmes de santé rencontrés en détention sont majoritairement des cas pouvant très bien se retrouver en clinique médicale régulière. En effet, les problèmes musculosquelettiques, dermatologiques et surtout de santé mentale sont très fréquents. Les abcès dentaires, les infiltrations pour arthrose, l’hypertension artérielle et les diabètes débalancés constituent également des motifs de consultation courants, notamment en raison de mauvaises habitudes de vie et d’une adhésion parfois insuffisante aux traitements.

Cependant, les soins pouvant être administrés à même le centre étant limités, il est nécessaire pour les médecins de reconnaître les situations plus complexes où les détenus doivent être transférés à l’urgence afin de recevoir des soins complets.

Créer un lien de confiance avec les patients incarcérés
Même si cela peut sembler difficile au départ, Dre St-Georges souligne qu’il est essentiel de considérer les personnes incarcérées avant tout comme des patients. En mettant de côté leur statut de détenu et en se concentrant sur leur santé et leurs droits aux soins, il devient plus facile d’établir une relation thérapeutique de qualité. « Adopter cette mentalité aide à développer une meilleure relation avec les détenus », explique-t-elle.

De manière générale, les patients se montrent respectueux et courtois envers les médecins, ce qui rend la pratique plus agréable. Le fait de ne pas connaître la raison de leur incarcération contribue également à préserver une relation médecin-patient neutre et professionnelle.

Prérequis pour effectuer cette pratique
Aucune formation complémentaire spécifique n’est requise pour exercer la médecine en milieu carcéral. Ainsi, tout médecin de famille ayant un intérêt pour cette pratique pourrait y avoir accès, à condition d’exercer dans une région où se trouve un centre de détention. Toutefois, Dre St-Georges recommande de faire des formations en toxicologie et en santé mentale, par exemple, afin d’être plus à l’aise dans la gestion des cas fréquemment rencontrés dans ce contexte médical.

Aspects positifs et valorisants de la pratique
Bien que cette pratique puisse initialement sembler effrayante, Dre St-Georges a sauté sur l’occasion de façon ouverte et cela lui a permis de faire une très belle découverte. Malgré les nombreux défis, la médecine carcérale offre une exposition à des situations cliniques particulières qu’elle n’aurait probablement jamais rencontrées ailleurs. « C’est une expérience extrêmement enrichissante qui nous pousse à sortir de notre zone de confort », souligne-t-elle.

Les cas rencontrés sont variés, stimulants et motivants. De plus, une excellente collaboration existe entre les médecins de famille œuvrant en détention ainsi qu’avec les psychiatres de l’hôpital, qui sont facilement accessibles pour des avis téléphoniques. Bien que le milieu de pratique puisse susciter certaines appréhensions, des mesures de sécurité rigoureuses sont en place et la présence constante d’agents de sécurité contribue à un sentiment de réassurance.

Finalement, la grande diversité au sein de sa pratique rend son quotidien particulièrement stimulant. À titre d’exemple, une semaine typique peut inclure deux demi-journées en clinique médicale, deux demi-journées de supervision de résidents, une demi-journée à la détention, une demi-journée de suivi de grossesse, 24 à 48 h de garde à la salle d’accouchement ainsi que quelques suivis à domicile pour ses patients plus âgés. Aucune semaine, ni même aucune journée, ne se ressemble.

Aspects plus difficiles de cette pratique
Malgré les nombreux aspects positifs, il existe tout de même certains défis. Dre St-Georges mentionne que les médecins peuvent être confrontés à des situations cliniques moins familières, notamment lors de cas complexes de sevrage. Dans ces circonstances, le niveau de difficulté peut augmenter rapidement, nécessitant un retour aux références médicales afin de valider certaines posologies, par exemple. Bien que cela puisse générer du stress sur le moment, la stabilisation du patient procure par la suite un profond sentiment de satisfaction professionnelle.

Par ailleurs, la pratique en milieu carcéral exige une approche différente en matière de prescription. Certains médicaments sont à éviter puisqu’ils peuvent être utilisés à des fins récréatives. Il est donc essentiel de demeurer vigilant et prudent face à certaines demandes pouvant être motivées par des gains secondaires. Dre St-Georges souligne l’importance de l’encadrement reçu en début de pratique, notamment grâce à une collègue expérimentée qui l’a guidée dans l’adoption de réflexes sécuritaires.

Qualités essentielles pour exercer cette pratique
Selon Dre St-Georges, une bonne solidité psychologique est primordiale, puisque les médecins sont fréquemment confrontés à des problématiques importantes de santé mentale, à des idées suicidaires et à des tentatives de manipulation. La capacité d’adaptation est également essentielle, tout comme l’humilité professionnelle. Reconnaître ses limites, accepter que l’on ne peut tout savoir et demander de l’aide au besoin constituent, selon elle, les clés d’une pratique saine, sécuritaire et stimulante.

Message clé
En conclusion, Dre St-Georges insiste sur le fait que la médecine carcérale peut sembler impressionnante au départ, mais qu’il est important d’oser s’y engager. « Les médecins ne sont jamais seuls : il y a toujours un collègue ou un spécialiste prêt à aider », rappelle-t-elle. Cette pratique, bien qu’exigeante, est profondément enrichissante et remplie de défis porteurs de sens. Elle encourage donc les étudiants et les jeunes médecins intéressés à explorer cette avenue professionnelle qui gagne à être mieux connue.

À PROPOS DE L’AUTRICE

Amélie Lepage
Externe junior à l’Université Laval
ancienne co-présidente du GIMF 

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