En débutant ses études en médecine, nous avons de nombreuses aspirations, des projets et des objectifs pour s’accomplir dans la profession. Nous souhaitons bien faire, se développer et s’améliorer. Toutefois, tout au long de la formation, il peut parfois être difficile de savoir sur quoi se concentrer et quels éléments ne pas perdre de vue.
C’est pour cette raison que je me suis entretenue avec le Dr Jean-François Forcier, un médecin de famille d’expérience. Prenant sa retraite cette année, il possède le recul et le vécu nécessaires pour partager certains apprentissages tirés de sa carrière afin de guider les futurs médecins de famille.
Le Dr Forcier pratique la médecine de famille dans la région de Drummondville depuis plus de 30 ans. Au cours de sa carrière, il a été témoin d’une médecine en constante évolution. À ses débuts, les médecins de famille de Drummondville devaient être impliqués dans tous les services : urgence, pédiatrie, gériatrie, psychiatrie, soins palliatifs, obstétrique, bureau de suivi et bien d’autres. Cela lui a permis de développer une pratique très diversifiée et d’avoir une vision globale de ce qu’un médecin de famille peut accomplir.
Donc, à partir de son expérience personnelle, voici les principaux conseils qu’il nous partage généreusement qui s’adressent particulièrement aux futurs médecins de famille.
1. Garder en tête que ce que l’on apprend pendant nos études servira durant toute notre carrière
Selon le Dr Forcier, il est facile pendant ses études d’avoir le réflexe d’étudier uniquement pour réussir les examens. Cependant, l’objectif principal de la formation médicale est d’acquérir des connaissances et des compétences pour soigner nos futurs patientes et patients.
Il rappelle donc l’importance d’essayer d’adapter sa vision des études pour se préparer à sa future réalité.
2. Saisir toutes les occasions d’apprendre
Le Dr Forcier insiste sur l’importance de profiter des occasions d’apprentissage pendant sa formation. Selon lui, ce conseil est très important, puisqu’une fois la pratique commencée, on devient autonome et on a moins la chance d’être accompagné.
Donc, lorsque l’on est en contact avec des professeur(es), des spécialistes ou des mentor(es), il faut en profiter au maximum même si on ne se sent pas toujours à la hauteur de ce qu’on doit accomplir. Il rappelle que cela est tout à fait normal puisqu’on est en situation d’apprentissage.
Comme il le dit lui-même :
« On n’aime pas les choses dans lesquelles on n’est pas bon. Mais les choses dans lesquelles tu n’es pas bon, fais-les quand même. Tu vas les apprendre, tu vas devenir bon, puis à un moment donné, tu vas aimer ça. »
Il encourage donc les étudiantes et étudiants à être proactifs dans leur formation. Si un(e) superviseur(e) propose de faire une technique ou une manœuvre, il faut saisir l’opportunité. Encore aujourd’hui, il se souvient de plusieurs stratégies que des patronnes et patrons lui ont montré pendant sa formation et qu’il n’aurait probablement jamais apprises autrement.
3. Choisir certains stages pour les compétences qu’ils permettront d’acquérir
Le choix des stages ne devrait pas se faire uniquement en fonction de nos intérêts du moment, selon le Dr Forcier. Il peut être très pertinent de choisir certains stages parce qu’ils permettront d’acquérir des compétences utiles pour sa pratique.
C’est justement une stratégie qu’il a appliqué durant sa résidence. Sachant qu’en devenant médecin de famille il ferait des accouchements et s’occuperait de nouveau-nés, il avait choisi un stage optionnel en néonatalogie, bien que ce domaine ne faisait pas partie de ses intérêts principaux. Il ne l’a jamais regretté. À plusieurs reprises, lors d’accouchements plus difficiles, il s’est dit « une chance que j’ai fait un stage en néonatalogie! ».
Il mentionne également avoir choisi un stage en rhumatologie dans le but de développer son expérience en infiltrations articulaires. À la fin de ce stage, il pouvait infiltrer « tout ce qui bouge ». Cette compétence lui a permis d’offrir ce traitement directement à ses patientes et patients tout au long de sa carrière.
Selon lui, un stage en psychiatrie peut aussi être particulièrement pertinent avant de débuter une pratique en médecine de famille étant donné la fréquence des enjeux de santé mentale en première ligne. Il est donc important de respecter ses intérêts, mais aussi de réfléchir aux compétences qui seront utiles dans sa pratique.
4. Respecter ses limites
Un autre conseil important du Dr Forcier est de toujours respecter ses limites personnelles.
Il explique qu’il ne faut pas hésiter à demander de l’aide avant qu’un problème survienne plutôt qu’attendre que la situation devienne critique et qu’il soit trop tard. Les spécialistes apprécient généralement être appelés tôt dans la prise en charge plutôt que de devoir « réparer les pots cassés ».
Selon lui, demander l’aide d’un consultant(e) représente aussi un moment idéal pour acquérir de nouveaux apprentissages. Par exemple, si une ou un médecin de famille n’a jamais posé de drain thoracique, elle ou il peut communiquer avec une chirurgienne ou un chirurgien et profiter de l’occasion pour observer la technique et poser des questions afin d’être capable de faire la procédure éventuellement.
Il mentionne aussi que respecter ses limites, c’est aussi une forme de respect envers la patiente et le patient.
5. Se souvenir que l’on soigne des gens
La médecine est au départ une profession de relation d’aide dont le but premier est d’offrir un soutien et de répondre aux besoins de ses patientes et patients.
Selon le Dr Forcier, quelques minutes supplémentaires passées avec une personne peuvent avoir un impact énorme dans sa vie. Sans s’oublier à notre détriment, il est parfois nécessaire d’être flexible par rapport à notre cadre habituel pour atteindre notre objectif principal, soit d’aider. Par exemple, accepter un léger retard ou un rendez-vous de dernière minute peut faire une différence pour une personne qui souffre ou qui a besoin d’être rassurée.
Le Dr Forcier insiste sur le fait de toujours se rappeler que les patientes et patients ne sont pas des robots. Il faut être capable de comprendre leurs réalités et de faire preuve d’adaptation, tout en respectant ses propres limites.
6. Maintenir un équilibre de vie
Le Dr Forcier mentionne également que l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle représente un véritable défi dans la profession médicale.
Il rappelle l’importance de s’accorder du temps pour sa famille et pour soi-même, même si cela peut parfois être difficile. La demande en médecine est pratiquement infinie, « il y aura toujours du travail à faire » dit-il. Il revient donc à nous, comme médecin, d’établir nos propres limites.
Selon lui, la nouvelle génération de médecins semble de plus en plus consciente de cette réalité, ce qu’il considère comme une excellente chose.
7. Maintenir ses connaissances et ses compétences à jour
Le Dr Forcier insiste sur l’importance de continuer à apprendre tout au long de sa carrière; lire des revues médicales, suivre des formations et rester à l’affût des nouvelles connaissances est essentiel dans un domaine en constante évolution.
Même si cela peut parfois sembler exigeant, il considère qu’il est important d’en faire une habitude, que ce soit pour revoir des connaissances déjà acquises ou pour en apprendre de nouvelles. Selon lui, il s’agit d’un aspect qu’il aurait pu davantage prioriser tout au long de sa vie professionnelle.
8. Ne pas perdre de vue les qualités humaines
Au cours de sa carrière, ce que ses patientes et patients lui ont le plus souvent mentionné, c’est qu’il prenait son temps avec eux. Pour lui, il était important que la médecine ne devienne pas une pratique impersonnelle. Il mentionne même explicitement que « la médecine, ce n’est pas un Fast Food ».
Il a toujours essayé de recevoir ses patientes et patients comme il aurait lui-même souhaité être reçu s’il avait été malade; l’écoute, le respect et l’honnêteté sont essentiels dans la relation médecin-patient. Les patientes et patients le ressentent lorsqu’ils sont réellement écoutés et compris.
Le Dr Forcier a laissé transparaître un message clair durant notre rencontre : la médecine de famille est bien plus qu’un ensemble de connaissances médicales. C’est une profession dans laquelle l’écoute, le bon jugement et la relation avec les patientes et patients occupent une place centrale. La formation médicale est une occasion unique de développer ses compétences et de saisir les multiples opportunités d’apprentissage. Pour les futurs médecins de famille, ces conseils rappellent l’importance de rester curieux, de reconnaître ses limites et de préserver un équilibre de vie. En somme, l’engagement envers les patientes et patients demeurera toujours au cœur de la pratique, et ce, peu importe comment la médecine évolue.
À PROPOS DE L’AUTRICE
Juliette St-Pierre
Université Laval, promotion 2029
Coprésidente junior du GIMF de l’Université Laval










