OMEGA et les gestionnaires médicaux de demain

OMEGA et les gestionnaires médicaux de demain

Même si de plus en plus de cours extramédicaux s’intègrent au cursus scolaire des facultés de médecine du Québec (voir par exemple l’autre article dans le même numéro sur l’apprentissage de la méditation en contexte de classe), il faudra probablement attendre un certain moment pour que la gestion et les affaires y trouvent leur place. Qu’à cela ne tienne : des étudiants en médecine ont pris l’initiative de créer par eux-mêmes une organisation pour compléter leur propre formation, ainsi que celle de leurs collègues, avec cet élément qu’ils considéraient comme indispensable à tout bon parcours médical.

C’est de cette idée qu’est née en 2015 l’Organisation médicale étudiante en gestion des affaires (OMEGA). Avouez que le nom, comparativement à ceux souvent complexes et contorsionnés des différents groupes d’intérêt (GI), est un ver d’oreille – autant que d’œil – assez fort. OMEGA, c’est donc plusieurs GI (trois pour le moment : à l’Université de Montréal, à l’Université McGill et à Université Laval) qui organisent leurs propres évènements, et « une équipe qui supervise les activités locales et provinciales ».

Les membres fondateurs sont nombreux : Toby Messier, Julien Montreuil, Joel Neves Briard, Raphaël Hamad, Olivier Fortin, Philippe Simard et Yahia Abdelali, tous de l’Université de Montréal. Leur mission est simple : « donner des outils aux futurs médecins pour qu’ils puissent être des acteurs de changement dans notre système de santé ». Tout comme la problématique à laquelle le projet répond : « Beaucoup de médecins ne sont pas satisfaits de la manière dont le système fonctionne, mais ne savent pas comment s’impliquer pour améliorer les choses. » Selon OMEGA, une participation optimale se fait en deux étapes : d’abord s’assurer d’une maitrise des outils financiers à travers ce qu’on pourrait appeler la microgestion (affaires personnelles, pratique professionnelle), puis, une fois ce savoir-faire acquis, le transférer à la macrogestion que demande la transformation d’un système de santé aussi immense et complexe que le nôtre.

Les moyens empruntés sont similaires à ceux des autres GI : conférences-midi, ateliers interactifs et 5 à 7 – car la gestion et le réseautage vont nécessairement de pair. Chaque année, OMEGA organise aussi deux weekends complets d’activités : « Affaires personnelles » et « Simulation d’une clinique médicale ». On décrit le premier (dont la cinquième édition aura lieu du 9 au 11 novembre 2018, pour les intéressés) comme « une initiation aux bases des particularités financières qu’un étudiant en médecine rencontrera jusqu’à son début de pratique et tout au long de sa carrière, en considérant ses différents statuts d’étudiant, d’employé et de travailleur autonome ». Quant au deuxième, qui se déroule à la session d’hiver, il « présente, à l’aide d’un cahier de bord, d’un programme informatique sur mesure et de vidéos formatifs, les huit principales étapes pour la mise en place d’une clinique médicale, de l’élaboration de la mission jusqu’au recrutement du personnel ». Un mentor et divers consultants (architectes, comptables, notaires) accompagnent les équipes durant cette expérience de simulation. Ceci dit pour les activités qui ont fait leurs preuves. Parce qu’il y aussi du nouveau cette année : le projet « Immersion en gestion », qui offrira dès l’automne plusieurs demi-journées d’observation avec un même gestionnaire pour « expérimenter directement les coulisses de la gestion médicale » et « réfléchir sur des problématiques réelles rencontrées lors de ces journées ».

Autant pour le financement que les conseils et les conférenciers recommandés, OMEGA compte sur l’appui de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) et de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ). Les filiales financières des fédérations, telles Sogemec Assurances, la Financière des professionnelles (FP) et les Fonds FMOQ rendent quant à elles possibles les weekends en « fournissant des experts et des conférenciers de manière à nous permettre d’offrir des conseils et conférences informatifs et objectifs sans incitatif quelconque ». Le site Web FuturMD, un soutien à la recherche d’emploi après la résidence, complète cette longue liste de partenaires.

Dans le contexte de la loi 20, j’ai souvent assisté avec déception, dans les rangs des étudiants, à un refus de toute discussion sur les chiffres et l’argent, dont je me disais qu’il ne pouvait que nuire à l’impact de l’engagement des futurs médecins pour l’amélioration du système de santé. C’est ce constat qui m’avait poussé à faire un numéro du Pouls (le journal étudiant du programme de médecine de l’UdeM), du temps de mon mandat de rédacteur en chef, sur le thème « Médecine et argent : une liaison dangereuse? » J’ai profité de mon entrevue avec les responsables d’OMEGA pour leur demander s’ils avaient senti cette même hésitation, qui les avait fait prendre plus d’une fois pour cibles par les commentaires entendus de mon côté. « Le volet des affaires personnelles incite certaines organisations ou associations à penser incorrectement que le but d’OMEGA est de donner des outils aux futurs médecins pour faire davantage d’argent. Cependant, une fois ce volet clarifié, nous obtenons en général une excellente collaboration de la part des étudiants et organismes. En ce qui concerne le volet de la gestion médicale, qui représente la majorité de nos activités, soit la simulation médicale, l’immersion en gestion et nos nombreuses conférences et ateliers, il y a une ouverture et un intérêt grandissant de la part de la communauté médicale et même des étudiants d’autres domaines de la santé. »

L’expansion la plus rapprochée que prévoit OMEGA est son implantation au campus de la Mauricie de l’UdeM (la première activité y aura lieu en octobre; la date exacte reste à confirmer). Elle vise ensuite à faire de même à l’Université de Sherbrooke. Questionnée à propos de la possibilité d’une expansion hors Québec, notre source chez OMEGA n’y ferme pas la porte, quoiqu’il ne semble pas s’agir d’un projet immédiat : « Nous souhaitons d’abord établir des bases solides avant d’envisager une telle expansion. »

L’organisation tient à rappeler que ses activités s’adressent « à tous les étudiants en médecine, peu importe leur niveau et leur pratique future, qu’ils soient étudiants, externes, résidents en médecine familiale ou en d’autres spécialités ». On ratisse large, donc, mais avec raison et c’est tant mieux. Ce qui n’en rend pas moins pertinent la présentation du groupe dans un magazine dédié à la médecine familiale, et encore plus dans un numéro dont le thème est « La médecine familiale, une spécialité d’avenir ». Car mon espoir est que les futurs omnipraticiens, comme les autres, soient intéressés à jouer un rôle dans le renouvellement du système de santé québécois, dans son adaptation aux défis de notre époque; et ma certitude est que leur passage sur les bancs d’école non officiels d’OMEGA peut leur apprendre la méthode pour le faire efficacement.


Frédéric Tremblay, rédacteur en chef 2018-2019
Première ligne, la revue des médecins de famille de demain