Parcourir le monde médical, ça se fait!

Parcourir le monde médical, ça se fait!

Rwanda
Je suis parti dans cette grande aventure le 22 juin 2017, mais le voyage avait déjà commencé 5 mois auparavant. Je n’oublierai jamais cette date : le 19 janvier 2017. Atelier pédagogique avec l’université pour apprendre l’examen génital de l’homme, incluant le toucher rectal. Pour mettre tout le monde à l’aise, le patient standardisé insistait pour que nous partagions des informations sur nous-mêmes. Avec l’aide d’IFMSA-Québec, j’avais déjà un stage planifié au Rwanda. Puis, ce fut le tour de mon amie (et aujourd’hui partenaire de voyage intermittente) Yoana Dilova qui m’apprend qu’elle part en année sabbatique. Je suis abasourdi. J’écoute attentivement, pars dans mon vaisseau spatial intellectuel et débute un voyage à travers mes neurones pour réaliser la chance que cette fille à mes côtés saisissait. Mais pourquoi pas moi? J’y avais déjà pensé, mais j’avais l’habitude de me dire : « Quand je serai plus vieux! » Mais m’y voilà. Du haut de mes 20 ans, semblerait que je suis rendu assez vieux. Les circonstances pour prendre une année sont parfaites : juste avant l’externat, récapitulation des savoirs médicaux dans l’unité multi au retour et le nouveau curriculum qui a été retardé d’un an, me permettant ainsi de revenir dans le même cursus par après.

C’est un départ.

Il se passe près de 30 heures entre le moment où je quitte mon nid familial et mon arrivée à notre auberge de jeunesse à Kigali, la capitale du Rwanda. Mes trois partenaires de stage – Camille Bourbonnais, Laurence Guertin, Mélissa Gougeon – et moi-même profitons de la capitale pour quelques jours avant de nous diriger vers la ville de Huye où se déroulera notre stage. Pris dans un mini-bus accueillant près de 30 personnes collées comme des sardines, j’admire le paysage ayant attribué à ce pays son surnom : le pays des mille collines.

Je débute ma grande aventure avec un stage de cinq semaines à l’hôpital Kabutare dans la ville d’Huye (Butare). L’hôpital n’était pas très grand et était situé à quelques minutes en voiture de l’hopital universitaire de la région. Ainsi, malgré la diversité des cas, beaucoup de patients étaient transférés ailleurs, ce qui réduisait notre potentiel d’apprentissage. Néanmoins, certains sujets étaient couverts et ce à maintes reprises.

…les cas variaient entre des malarias simples, de la typhoïde, des gastros, quelques cas spéciaux (mais souvent transférés!) comme un paraphimosis et des traumas. Ces derniers étaient souvent référés à la petite chirurgie, installée dans une pièce d’environ 12 mètres carrés adjacente à l’accueil de l’urgence.

Après nos 40 minutes de marche quotidienne pour s’y rendre, nous sommes accueillis par un portail en fer, deux ou trois gardes armés et les habituels pairs de yeux nous dévisageant de la tête aux pieds. Détrompez-vous, nous sommes encore à l’extérieur! Nous marchons sur un chemin en brique avant de tous nous séparer pour aller vers nos départements respectifs. L’hôpital est ainsi constitué de quelques bâtiments en brique au toit de tôle et s’il ne pleut pas, nous avons la chance de refaire nos réserves de vitamine D sous le soleil à chaque fois que nous nous promenons entre les bâtiments.

Les principaux départements étaient l’urgence, la gynéco-obstétrique, la pédiatrie et la médecine interne.

À l’inverse de nos controversées urgences québécoises, le médecin à l’urgence n’avait pas de patients près de la moitié du temps. Après quelques conversations, j’ai appris que le mois de juillet était assez calme puisque les vacances emportaient la plupart des Rwandais vers des régions plus tranquilles pour se reposer. D’un point de vue médical, les cas variaient entre des malarias simples, de la typhoïde, des gastros, quelques cas spéciaux (mais souvent transférés!) comme un paraphimosis et des traumas. Ces derniers étaient souvent référés à la petite chirurgie, installée dans une pièce d’environ 12 mètres carrés adjacente à l’accueil de l’urgence. La personne en charge était un infirmier rwandais ayant pris ce rôle par simple intérêt et qui s’occupait des chirurgies depuis maintenant plusieurs années. En rentrant dans la pièce, vous êtes accueillis par une petite musique reggae et le grand sourire de cet infirmier au grand cœur, mais surtout au grand chapeau de chirurgien cachant habilement sa coiffure jamaïcaine. Kystectomie, plâtre, circoncision, toutes ces petites choses se passent dans cette pièce. Après avoir placé les instruments dans un four, il est prêt.

Voici assurément l’un des cas qui m’a le plus marqué.

J’arrive à 7 h 50 à l’urgence, mets mon sarrau sur mes épaules et mon stéthoscope autour de mon cou, puis pars rejoindre le médecin en charge. Oh, mais quelle surprise! Aucun patient. Je trouve le médecin dans la salle de repos en train d’écouter un vidéo sur son cellulaire avec une musique indienne en fond; elle me dit d’aller voir en petite chirurgie s’il y a un cas. Eh bien, ça risque d’être un matin assez calme… mais non! En rentrant, en plus d’être accueilli par notre cher Bob Marley, j’aperçois un patient couché sur la table d’opération et trois personnes autour de lui qui m’empêchent d’apercevoir le haut du corps. Après l’habituel sourire de l’infirmier/chirurgien, je m’approche et aperçois le cas. Selon l’histoire un peu douteuse et floue du patient à moitié conscient, ce dernier serait revenu chez lui au cours de la nuit et aurait été attaqué par un voleur à coups de machette. Résultat : une incision d’environ 3 cm de profondeur dans la coiffe des rotateurs de l’épaule droite. Les passionnés de chirurgie, vous auriez été servis! Je pouvais apercevoir tous les muscles, une partie de la clavicule évidemment atteinte ainsi que l’acromion. J’ai pu observer le nettoyage et la fermeture de la plaie, ce qui a été pour moi une belle révision de mes connaissances d’anatomie! À ceux qui se demandent : « Mais Antoine, tu as dit que cela lui était arrivé durant la nuit et ce n’est que vers 8 h du matin qu’il est traité? », je ne peux que répondre : « Bienvenue en Afrique! » Il arrive souvent que les traitements soient retardés par la question des assurances, mais aussi par la gestion des ressources tant médicales qu’humaines.

Je manque d’espace pour vous parler en plus amples détails des autres départements, particulièrement celui de la gynécologie-obstétrique où il y avait suffisamment de travail nous permettant d’assister à des accouchements, des réanimations, des césariennes et des points de suture.

En somme, l’expérience vécue dans ce merveilleux pays d’Afrique a été très impressionnante et je la recommande fortement à tous ceux qui rêvent de voir comment fonctionne la médecine au Rwanda, un pays riche en histoire avec un peuple au grand cœur. Évidemment, parfois nos journées pouvaient être longues et frustrantes lorsque nous réalisions à quel point les patients pouvaient patienter des heures pendant que les employés discutaient de leur fin de semaine. Mais c’est la réalité. C’est dur, c’est fort, c’est long, c’est chaud, c’est accueillant, c’est souriant, c’est chantant, c’est dépaysant, c’est la réalité.

Pour ceux que ça intéresse, après mon premier stage, je me suis dirigé vers la Tanzanie pour y grimper le Kilimandjaro, gardant en tête qu’un autre stage allait avoir lieu ailleurs, mais cette fois dans un pays qui nous est plus familier…

Et n’oubliez pas, le voyage est une école qui nous apprend bien des choses que l’on n’apprend pas lorsque nous restons paisiblement assis devant un professeur. C’est merveilleux… réellement! Alors sortez de votre zone de confort. Oui ça fait peur, oui c’est différent, oui c’est marginal, oui c’est dur sur le portefeuille, mais si vous voulez vraiment, si vous voulez gouter à l’aventure, aux belles surprises que notre monde a à offrir… eh bien, foncez!

Ciao!

Antoine Dumas
Étudiant en médecine de l’Université de Sherbrooke entre sa 2e et sa 3e année
D’un train en route pour une randonnée aux Blues Mountains en Australie