Les études médicales vues par un coureur

Les études médicales vues par un coureur

« Mathieu, la médecine c’est un marathon, pas un sprint »

Ce sont les paroles d’Émilie Cyr – vétéran de l’équipe de cross-country Vert et Or et étudiante en troisième année de médecine – à mon intention alors que je faisais mon entrée dans l’équipe et dans ce programme envers lequel j’avais beaucoup d’appréhension. De tous les conseils qui m’ont été partagés durant mes quatre années d’étude, c’est celui qui s’est avéré le plus judicieux, le plus sage. Ces quelques paroles donnent naissance à un principe, une approche du parcours médical. Parlons course à pied, médecine et santé mentale.

Le steady pace
Au préclinique, les différentes unités sont courtes et les examens rapprochés alors qu’à l’externat, chaque journée devant les patrons est une évaluation. C’est sprint après sprint après sprint… Vous savez ce qui arrive au marathonien qui est parti trop vite? Il « bonk », il « frappe un mur ». Cela se produit lorsque les réserves de glycogène sont à sec, la lipolyse étant insuffisante pour produire l’ATP nécessaire au maintien du rythme. Le coureur ralentit, s’arrête ou s’écroule carrément. Le même piège existe en médecine. Vous savez à quoi ressemble un étudiant en médecine à bout de souffle? On parle d’épuisement professionnel, de trouble d’anxiété généralisée, de trouble d’adaptation, de dépression. Lorsqu’on reconnait que notre parcours d’apprentissage est longitudinal, que le parcours est aussi long qu’il est côteux, on comprend comment la décision d’étudier un temps raisonnable au lieu de s’enfiler une nuit d’étude peut être la bonne malgré l’urgence du lendemain. On comprend aussi comment un petit 45 minutes d’étude quelques fois par semaine dédié à un examen prévu dans plusieurs mois peut prévenir le rush de fin de session et nous éviter de nous hypothéquer. Le marathonien de la médecine reconnait que son niveau d’effort est associé à sa performance, mais en plus il sait que son bien-être est essentiel pour le maintenir constant.

Les petites choses
Nous sommes des coureurs lorsque nous courons, mais ce sont aussi toutes les petites choses que l’on fait dans la vie de tous les jours qui nous définissent et qui font la différence sur notre performance. Ce sont les mois passés à manger santé, à accumuler du sommeil, à s’être étiré, massé, à avoir pris des bains de glace qui vont permettre de maintenir un bon niveau de performance sans se blesser. En médecine, il y a aussi beaucoup de petites choses que l’on peut faire en dehors de l’école ou des hôpitaux. Bien sûr, il faut étudier et préparer la journée du lendemain, mais il y a aussi un équilibre à conserver. Sommeil, alimentation saine et vie sociale et familiale ne sont pas à négliger. Il faut savoir s’offrir des  « pauses » aux bons moments, comme lire sur un sujet qui nous intéresse au lieu d’un sujet d’examen. On peut aussi remplacer la musique par une baladodiffusion médicale lorsqu’on conduit ou encore regarder une vidéo médicale sur YouTube à partir du vélo stationnaire pour ensuite se sauver du temps! Se coucher tard, mal manger, étudier en bloc jusqu’à se tanner… Tous les marathons sont de distance égale, mais certains seront plus longs que d’autres : pensez-y!

Les objectifs fondamentaux
« Mais pourquoi je fais ça? Pourquoi je me fais ça? » Cette pensée traverse l’esprit d’à peu près tous les coureurs en compétition, généralement vers le 35e km du marathon. Cette pensée se retrouve aussi chez les étudiants en médecine lors de l’étude intensive précédent un examen. Il est important de connaitre la réponse à cette question pour écarter l’idée d’abandonner. Vous devez connaitre vos objectifs fondamentaux, pas toutes les raisons qui vous poussent à le faire, mais seulement la vraie raison. Est-ce parce que vous voulez une bonne note à l’examen? Parce que c’est la dernière qui compte pour le CaRMS? Pour bien vous classer parmi vos camarades? Ou est-ce plutôt parce que vous voulez devenir médecin, que vous vous êtes inscrit au programme pour un jour soigner des malades et que la matière que vous étudiez va bientôt vous permettre de le faire? Ah! voilà de quoi vous faire lever les genoux, balancer les bras et attaquer ce 36e kilomètre!

Au final, c’est avec un rythme soutenu, un mode de vie adapté et des objectifs se rattachant à ses valeurs que le petit marathonien de la médecine, foulée par foulée, évaluation par évaluation, franchit la ligne d’arrivée avec nul autre désir qu’une nouvelle ligne de départ.


Mathieu Ladouceur

Étudiant de 4e année
Université de Sherbrooke (campus de Sherbrooke)