COMMENT ALLEZ-VOUS ?

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C’est une question banale qu’on est amené à poser plusieurs fois par jour dans le réseau de la santé. Cependant, que voulons-nous dire par là ? Effectivement, c’est plus souvent qu’autrement une formule de politesse. Que ce soit dans le réseau de la santé ou dans notre société en général, quelle importance réelle accordons-nous à la santé mentale ? Cette dernière est définie par l’Organisation mondiale de la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social, et qui ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité »[1].

La promotion de la santé mentale ainsi que la prévention des maladies mentales sont devenues des priorités à l’échelle mondiale. Qu’en est-il du Québec ? Une enquête dirigée par l’Institut de la statistique du Québec a évalué en 2012 qu’au cours de leur vie, 18 % de la population ont présenté un trouble mental et que 12 % ont vécu un épisode dépressif. En effet, d’ici 2020, la dépression se classera au deuxième rang des principales causes d’incapacité à l’échelle mondiale, juste derrière les maladies cardiaques. De plus, 18 % des personnes ont présenté un trouble lié à la consommation d’alcool, de cannabis ou d’autres substances[2].

Rappelons que les personnes qui présentent un trouble mental ou un trouble lié à la consommation de substances sont plus nombreuses que les personnes ne vivant pas ces troubles à ressentir des douleurs ou des malaises auxquels peuvent être associées des limitations d’activités et à présenter au moins un problème de santé chronique. Il est évident qu’une personne aux prises avec un trouble mental ou un trouble lié à la consommation devient un patient d’une plus grande complexité, surtout lorsqu’il est combiné à une ou des maladies physiques.

Au Québec, on estime qu’une personne sur 5 sera aux prises avec une maladie mentale au cours de sa vie.

Au Québec, on estime qu’une personne sur 5 sera aux prises avec une maladie mentale au cours de sa vie.

Par ailleurs, des niveaux de stress élevés et des problèmes de santé mentale peuvent entrainer à leur tour d’autres conditions de santé. Par exemple, l’excès de stress favorise l’apparition de maladies infectieuses et de problèmes cardiovasculaires et augmente l’incidence des maux de dos, des microtraumatismes répétés et du cancer colorectal. Le stress au travail peut doubler le risque de crise cardiaque[3]. Ceci est sans parler de la détresse occasionnée par la maladie mentale. Au Québec, la proportion de la population ayant fait une tentative de suicide au cours de sa vie est d’environ 3 %[4].

Qu’on parle de troubles anxieux, de dépression ou encore de schizophrénie – pour ne nommer que ceux-ci –, les troubles mentaux sont encore bien tabous dans la société québécoise. Seulement 30 % des gens aux prises avec une dépression cherchent de l’aide, en raison, d’une part, de la stigmatisation entourant toujours la maladie mentale, et d’autre part, parce qu’ils ignorent tout simplement qu’ils font une dépression[5]. Bien souvent, c’est le médecin de famille qui représentera la première étape dans le système de santé chez les personnes atteintes.

Lorsqu’une personne éprouve des troubles de santé mentale et qu’elle obtient de l’aide dans les premiers mois suivant leur apparition, elle a plus de chance de se rétablir plus rapidement, d’où l’importance vitale du médecin de famille[1]. Le dépistage et le traitement précoces réduisent également la probabilité de chronicité des troubles de santé mentale. Dans le cadre de la médecine familiale, l’évaluation de l’état mental dans un contexte de trouble mental ou de consommation est beaucoup plus longue qu’une évaluation de l’état physique, et c’est d’ailleurs une des principales difficultés rencontrées par les omnipraticiens. Les médecins de famille sont bien outillés pour ce type de suivi. En effet, en plus de leurs collègues médecins, ils peuvent compter sur une équipe interdisciplinaire. Il est vrai, cependant, qu’il existe de la réticence de leur part dans certains cas en raison de la lourdeur et de la complexité des cas. Le dernier plan d’action en santé mentale (PASM) avait redirigé 75 % des ressources vers la première ligne, mais seulement 40 % des patients ont été suivis. En effet, les patients les plus lourds ne peuvent pas y être traités[2]. Ce sont certes des chiffres décourageants. 70 millions seront investis dans le PASM entre 2015 et 2020, alors que selon des calculs récents qui tiennent compte des coûts indirects, l’économie canadienne perdrait jusqu’à 30 milliards de dollars par année à cause de problèmes de santé mentale et de toxicomanie[3]. Est-ce vraiment une question d’argent ?

La réelle question va comme suit : en tant que futurs médecins de famille, quels types de soins en matière de santé mentale voulons-nous offrir ? Comme décrit plus haut, les troubles mentaux sont en constante augmentation. La société québécoise entretient plusieurs stigmates au regard de la maladie mentale, de l’observance des traitements et de la thérapie, qui peut être difficile dans ce contexte. Le rôle du médecin de famille étant primordial, il serait impératif d’effectuer des changements dans les années à venir, tant sur les plans de la pratique individuelle que des organisations.

Nadia Abdessettar, équipe 2016-2017Nadia Abdessettar
Étudiante de 3e année
Université de Montréal au campus de Montréal

 

Cet article utilise l’orthographe moderne recommandée.

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[1] Santé mentale, Organisation mondiale de la Santé

[2] Portrait statistique de la santé mentale des Québécois : Résultats de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes Santé mentale 2012, Institut de la statistique du Québec (PDF)

[3] En chiffres, Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

[4] Portrait statistique de la santé mentale des Québécois : Résultats de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes Santé mentale 2012, Institut de la statistique du Québec (PDF)

[5] Portrait statistique de la santé mentale des Québécois : Résultats de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes Santé mentale 2012, Institut de la statistique du Québec (PDF)

[6] En chiffres, Institut universitaire en santé mentale de Montréal

[7] Les psychiatres estiment que Québec laisse tomber leurs patients, La Presse, 14 octobre 2015

[8] En chiffres, Institut universitaire en santé mentale de Montréal