Je ne serai pas médecin

Je ne serai pas médecin

Je serai un être humain qui, entre autre, pratiquera la médecine.

C’est bien là toute l’évolution du dernier siècle de cette si belle discipline qui est la nôtre : la qualité de vie a maintenant sa place dans la vie des médecins. Nous ne sommes plus tenus de rester dans les hôpitaux 80 heures par semaine. Tant mieux.

Récemment, j’ai fait le choix de pratiquer la médecine de famille et de rester humain, accessible, engagé et près de la population que je soignerai. J’ai trouvé dans l’omnipratique la meilleure avenue pour satisfaire ma curiosité intellectuelle. Je suis d’ailleurs d’avis que chaque étudiant en médecine devrait, au moins une fois, considérer la médecine de famille comme choix de carrière et voir si, parmi ses mille et unes possibilités, elle répond à ses intérêts et ambitions. Parce que la médecine familiale est souvent la mal-aimée, on la regarde de haut, on l’écarte rapidement, on la considère comme étant l’option « facile ». C’est pourtant tout le contraire.

Témoignages - Mathieu Hains, avril 2016

Je serai un être humain qui, entre autre, pratiquera la médecine.

Bien que la diversité de pratique, la résidence de courte durée et les taux de placement élevés soient des avantages bien connus, ce ne sont pas les seuls. Par exemple, une résidence de 2 ans, ce n’est effectivement pas très long, et cela laisse l’opportunité de faire des formations complémentaires, par exemple une maîtrise en administration de la santé, un micro-programme en santé internationale, une formation en pédagogie médicale, etc. Ces formations ne sont pas seulement accessibles aux médecins de famille, mais la courte durée de résidence offre l’avantage de ne pas avoir à débuter ces formations supplémentaires après avoir déjà complété 10 ans de médecine. Rappelez-vous qu’un jour, vous voudrez des enfants, une maison, ou au moins une vie un peu plus stable.

Également, la première ligne, c’est aussi pouvoir moduler sa pratique en fonction de ce qui nous intéresse réellement. Un intérêt en dermatologie mais pas nécessairement intéressé à en faire 50 heures par semaine pendant 35 ans? Deviens médecin de famille avec une pratique particulière en dermato. Le même principe pour l’obstétrique, la santé mentale, la chirurgie mineure, et même, en région éloignée, l’anesthésie! Un superviseur m’a dit un jour : « Je suis en mesure de faire une vasectomie parce que quelqu’un me l’a déjà montré, non pas parce que je suis chirurgien de formation. Qu’on le montre à un médecin de famille et, avec un peu de pratique, il deviendra très habile. » Il avait bien raison. Suffit de s’intéresser à un sujet particulier et d’y mettre les efforts nécessaires pour réorienter sa pratique en fonction de ses propres intérêts. N’est-ce pas un avantage intéressant?

Je pourrais m’étendre à l’infini sur les dimensions intéressantes de cette spécialité qui deviendra mienne, mais ce n’est pas le but ici. L’idée à retenir est que la médecine de famille n’a pas qu’un seul visage. Elle est modulable et peut être individualisée.

Un exemple. Pour ma part, je m’enligne vers une carrière un peu atypique, non pas que la médecine ne m’intéresse pas assez pour faire de la clinique jusqu’à la fin de ma vie, mais plutôt parce qu’il y a plusieurs autres départements qui m’intéressent et qui pourront faire partie intégrante de ma pratique plus tard. Parce que oui, je l’avoue, j’ai encore du plaisir à lire un article sur la physique moderne, à participer à une quinzaine de développement durable, à comprendre la complexité du droit international, et j’en passe. C’est d’ailleurs ce que j’ai trouvé le plus difficile durant mes études : concentrer mon savoir dans ce si petit chapitre qu’est la médecine. Je me lancerai peut-être dans un certificat en gestion à la fin de ma résidence, ou encore dans une maîtrise en santé internationale. Un jour, je deviendrai peut-être vice-doyen, conférencier international ou directeur de programme. Ou les trois.

C’est un exemple parmi tant d’autres et c’est mon plan de carrière en médecine de famille. Il est fort probable qu’il change au courant de ma résidence et que je fasse finalement autre chose. Mais il n’y a pas de problèmes, parce que la médecine de famille se module en fonction des intérêts. Vous vous dîtes probablement que ce n’est plus nécessairement vrai depuis ces dernières années de dictature en santé. Or, s’il y a une chose que vous devez comprendre, et je me le rappelle d’ailleurs constamment, c’est que Barrette n’est pas éternel. Les lois s’annulent. Les réformes se modifient. La démocratie l’emporte.

Choisir la médecine de famille, c’est choisir de se laisser le choix. Pour toujours.

Témoignages - Mathieu Hains, avril 2016Mathieu Hains
Étudiant en médecine – 4e année
Université de Sherbrooke