La santé mondiale

La santé mondiale

Un sujet d’actualité pas si loin d’ici!
D’un océan à l’autre, les médecins de famille canadiens, malgré leur grande polyvalence, ont généralement un ou plusieurs domaines d’intérêts spéciaux. Certains médecins de famille, dans le cadre de leur pratique de la médecine familiale traditionnelle, intègrent à la vaste gamme de leurs services des soins dans un ou plusieurs domaines d’intérêts spéciaux, alors que d’autres, dits avec pratiques ciblées, consacrent une partie importante ou la totalité de leur temps à un ou plusieurs domaines cliniques particuliers. Il existe 19 domaines d’intérêts spéciaux, qui constituent les Communautés de pratique en médecine familiale (CPMF) du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC) : anesthésie en médecine familiale, compétences avancées en chirurgie, déficience développementale, dermatologie, douleur chronique, médecine d’urgence, médecine de la dépendance, médecine du sport et de l’exercice, médecine du travail, médecine hospitalière, médecine respiratoire, soins aux personnes âgées, santé de l’enfant et de l’adolescent, santé en milieu carcéral, santé mentale, santé mondiale, soins aux patients atteints du cancer, soins de maternité et de périnatalité et soins palliatifs.

Parmi celles-ci, 5 peuvent être reconnues par l’un des Certificats de compétence additionnelle (CCA) en médecine familiale, qui permettent de reconnaître les domaines d’expertise additionnels acquis et maintenus par certains médecins de famille, qui deviendront une précieuse ressource pour les autres médecins de famille et pour leurs patients : soins aux personnes âgées, soins palliatifs, médecine d’urgence, anesthésie en médecine familiale et médecine du sport et de l’exercice. Même s’il n’y a pas de CCA pour la santé mondiale, rien n’empêche les médecins de famille de s’y intéresser et de la pratiquer, comme le font les médecins exerçant à la Clinique des réfugiés du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l’Estrie — Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CIUSSS de l’Estrie-CHUS). L’un d’entre eux, Dre Isabelle Vaillancourt, que j’ai eu la chance de côtoyer lors de mon stage d’été 2015 en médecine de famille au Groupe de médecins de famille – Unité de médecine familiale des Deux-Rives à Sherbrooke, s’est impliquée auprès des personnes immigrantes et des communautés culturelles pour favoriser l’adaptation des services de santé à cette réalité depuis 1980, a contribué à mettre sur pied la Clinique en 2009 et y pratique sur une base régulière depuis.

Dre Isabelle Vaillancourt à la Clinique des réfugiés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

Dre Isabelle Vaillancourt à la Clinique des réfugiés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS

La Clinique des réfugiés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, située au Centre local de services communautaires King Est à Sherbrooke, offre aux réfugiés et aux demandeurs d’asile plusieurs services : un bilan de l’état de santé physique et de bien-être psychosocial, des traitements ponctuels et des références dans le réseau de santé selon les besoins, comme l’inscription au mécanisme d’accès à un médecin de famille, la vaccination, des services psychosociaux et la consultation de médecins spécialistes. Les médecins de famille qui y travaillent voient les réfugiés quelques semaines après une rencontre initiale avec une infirmière clinicienne, ayant alors en main les informations déjà recueillies et les résultats des tests de dépistage et des tests de laboratoire proposés, et peuvent alors traiter les conditions médicales présentées par les patients, si elles ne l’ont pas déjà été par l’infirmière à l’aide de ses ordonnances collectives, ainsi que les référer dans l’un des corridors de service du système de santé, par exemple en pédiatrie, en infectiologie ou en psychiatrie. L’accès à ces services se fait seulement sur référence et sur une base volontaire par le biais de deux organismes d’accueil des réfugiés soient : le Service d’aide aux Néo-Canadiens ou l’Association éducative transculturelle. Les réfugiés bénéficiant d’un parrainage privé peuvent également y être référés. Bien que les réfugiés nouvellement installés à Sherbrooke puissent être originaires de plusieurs pays différents à travers le monde, la récente guerre civile syrienne modifie la tendance vers une augmentation des réfugiés originaires de la Syrie arrivés en sol estrien.

Alors que l’arrivée des réfugiés est habituellement répartie de façon plutôt égale durant l’année, l’arrivée des réfugiés syriens en Estrie se fera en plus grand nombre, de façon plus ponctuelle et avec un avis très peu d’avance, ce qui pourrait nécessiter une réorganisation des services de la Clinique des réfugiés du CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Des 25 000 réfugiés syriens attendus au pays selon l’objectif fixé par le gouvernement Trudeau, 4450 seront pris en charge par Québec. Dix villes ont été identifiées en plus de Montréal pour les accueillir, dont celle de Sherbrooke. Le nombre de réfugiés syriens devant s’y établir est approximativement de 400 ou 500, et ce, en vagues sur une période de seulement quelques mois. Plus de la moitié de ces quelques centaines de réfugiés bénéficieront d’un parrainage privé de l’Église syriaque orthodoxe de Sherbrooke. Or, la clinique recevait précédemment annuellement 450 réfugiés. Ainsi, certaines étapes du processus devront être raccourcies, une priorisation des dossiers des plus aux moins urgents devra être effectuée et une liste d’attente pourrait être créée. Par ailleurs, le moment de l’arrivée de réfugiés n’est connu que 48 heures à l’avance, ce qui nécessitera la mise en place d’équipes de garde.

Quelles sont les ressources disponibles pour un étudiant en médecine, un résident en médecine familiale ou un médecin de famille s’intéressant à la santé mondiale et désirant l’intégrer à sa pratique, soit en exerçant dans une clinique des réfugiés ou en faisant de l’aide humanitaire ? Le microprogramme de 2e cycle en santé internationale, offert par le Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, est une formation, conçue par des médecins de famille passionnés et expérimentés, incontournable pour les résidents en médecine familiale désirant s’impliquer au niveau de l’aide humanitaire, qui seront alors aptes à s’impliquer dans les soins de santé des pays en voie de développement tout en cultivant une ouverture sur le monde. Sinon, parmi les CPMF du CMFC, le Comité sur la santé mondiale offre un répertoire d’activités en santé mondiale dans le domaine de la médecine familiale, une liste des ressources en santé afin d’aider les médecins de famille à prodiguer des soins aux réfugiés qui arrivent au Canada, des communiqués, des articles et différentes autres références utiles.

Mathieu Simard, équipe 2015-2016
Mathieu Simard
Externe junior en médecine à l’Université de Sherbrooke