Le trouble d’adaptation

Le trouble d’adaptation

Vous venez de partir de chez vos parents pour aménager dans une nouvelle ville afin d’entamer vos études en médecine. Votre relation amoureuse n’a pas survécue à tous ces chamboulements, mais vous vous en remettrez bien avec toutes les nouvelles rencontres que vous ferez. Le coût de la vie en appartement vous oblige rapidement à demander une marge de crédit. Après quelques semaines d’école, vous avez de la difficulté à étudier, vous n’avez pas l’esprit à ça. Vos premiers résultats scolaires ne sont pas à la hauteur de vos attentes, vous avez toujours été premier de classe. Vous vous sentez anxieux(se), vous pleurez même parfois après avoir parlé à vos parents. Que peut-il bien vous arriver? Vous n’avez jamais été ainsi…    

Enfin, c’est le début de l’externat. Vous attendiez ce moment depuis longtemps. Votre premier stage en psychiatrie s’est bien déroulé et vous avez trouvé cela très intéressant. Depuis trois semaines, votre stage de chirurgie se passe moins bien. Vous ne parlez presque plus à votre coloc et à vos amis. Vous êtes très nerveux et vos journées vous paraissent interminables. Vous attribuez cela à ce mystérieux mal de dos pour lequel votre médecin n’a trouvé aucune cause…

Ces deux situations, en apparence anodines, dénotent possiblement un trouble d’adaptation. Les étudiants en médecine ne sont pas à l’abri d’éprouver des difficultés semblables. Le trouble d’adaptation survient en réaction à un ou plusieurs stresseurs. Il apparaît sous forme de changements émotionnels et comportementaux à l’intérieur des trois mois suivants l’apparition du facteur de stress. Les stresseurs les plus fréquemment rencontrés sont les problèmes conjugaux, les changements d’environnements et les problèmes financiers. Notez que dans les situations précédentes, plus d’un stresseurs peut être incriminé. Aussi, la sévérité du trouble d’adaptation résultant n’est pas corrélable à la sévérité du stresseur et la réponse individuelle dépend de la signification profonde du facteur de stress sur l’individu, d’un possible état de vulnérabilité psychologique et du degré de résilience de la personne. Le trouble d’adaptation engendre une souffrance plus importante que ce qu’on aurait pu s’attendre de cette personne face à ce stresseur particulier et des difficultés dans le fonctionnement social et scolaire. Il peut se présenter par des symptômes dépressifs (humeur dépressive, pleurs), anxieux (nervosité, agitation), somatique (douleur chronique, faiblesses), un retrait social et même une perturbation des comportements (conduite imprudente, violence conjugale). Il est aussi possible d’éprouver des difficultés d’adaptation sans toutefois répondre aux critères d’un trouble.

Si vous éprouvez des difficultés semblables, l’important est de reconnaître que quelque chose ne va pas. Il est important de parler de ce que l’on ressent à des gens de confiance. La culture médicale dépeint souvent le médecin comme un être fort et équilibré qui ne démontre pas de signes de faiblesse. On le voit souvent dans les médias lorsqu’un médecin est impliqué dans un scandale, comme si l’on était à l’abri de la souffrance psychologique. Toujours est-il que cette culture est bien ancrée, même dans les milieux universitaires où les étudiants hésitent à chercher de l’aide auprès de pairs. Si vous sentez que vous ne fonctionnez plus comme à l’habitude, que vous n’êtes plus tout à fait vous-même, n’hésitez pas à aller chercher de l’aide psychologique dans le système universitaire, par exemple. Le traitement du trouble d’adaptation n’est pas médical mais réside dans la psychothérapie. Si vous ne sentez pas le besoin d’une telle aide, commencez tout de même par déterminer et par comprendre les stresseurs responsables dans votre vie. Certains peuvent être évidents, comme une rupture amoureuse, mais d’autres sont plus insidieux, comme l’arrêt d’une activité sportive d’équipe ou un diagnostic de maladie chronique. Par la suite, donnez-vous du temps. Diminuez légèrement le standard de perfection que vous vous imposez habituellement. Pensez à maintenir votre équilibre de vie par de l’activité physique, une vie sociale riche et du temps réservé à des passe-temps qui font du bien. Et si la situation ne s’améliore pas en quelques mois, ne tardez pas à consulter.

Samuel CaronSamuel Caron
Université Laval