Grossesse pendant la médecine : quelques points à considérer

Grossesse pendant la médecine : quelques points à considérer

Pourquoi une chronique sur la santé mentale dans une revue Web sur la médecine familiale? Avant tout, parce qu’il n’y a pas de mauvais véhicule médiatique pour parler de ce sujet délicat et que Première ligne s’adresse aux étudiants et externes en médecine du Québec, une population particulièrement à risque. Chaque numéro de Première ligne se penchera sur un problème de santé mentale. Si vous aimeriez que l’on traite d’un sujet en particulier, écrivez-nous à redaction.premiereligne@gmail.com. Si les choses ne vont pas bien, n’hésitez pas à aller chercher de l’aide. N’attendez pas.

 

« Avez-vous des questions, pour conclure cette entrevue d’admission en médecine? »

« Oui, en fait, je voulais vous dire que la médecine est vraiment ce que je veux faire dans la vie… mais je me demandais quel était le meilleur moment, pendant les études, pour avoir un bébé, l’allaiter le plus longtemps possible et être un parent présent? »

Parions qu’une telle question ne figure pas au palmarès des questions les plus posées lors des MEM. Mais parions qu’elle intéresse un bon nombre d’étudiant(e)s.

Les études en médecine sont très exigeantes. C’est un fait dont nous sommes déjà au courant. Du coup, est-ce complètement déraisonnable d’avoir un enfant pendant ses études en médecine? Et quel serait, justement, le meilleur moment?

En fait, on pourrait dire qu’il n’y a pas de moment « idéal » pour avoir un enfant pendant la médecine. Il y a juste le moment où on se sent prêt(e) ou le moment où on décide d’accepter la surprise que la vie vient de nous offrir.

Pour ne pas y perdre sa santé physique et mentale, essayez de vous préparer au maximum à l’avance et de consolider votre réseau de soutien pour le bébé et votre réseau en médecine.

Chaque année, des étudiantes dans toutes les facultés de médecine, à tous les niveaux, deviennent enceintes. Le phénomène n’a plus rien d’une rareté, mais ça demeure tout de même toujours une histoire de « cas par cas ». Voici une liste non exhaustive de points à considérer :

  • Même si vous arrivez à planifier grossesse et accouchement de manière à ne pas interrompre vos études (par exemple en ayant une date prévue d’accouchement qui tombe pendant vos vacances d’été), vous pourriez malgré tout devoir suspendre vos études pendant environ un an (sauf si vous êtes en résidence, où la durée du congé est plus flexible). Vous pourriez avoir des complications pendant la grossesse qui vous obligent à passer plusieurs semaines au lit avant l’accouchement, pour ne citer qu’un exemple.
  • Si vous désirez un congé de maternité ou paternité, tout juste avant ou tout juste après l’externat peut être un bon moment, tout comme entre vos années sur les bancs d’école. Cependant, le préclinique et l’externat n’offrent pas beaucoup de flexibilité en ce qui a trait à la durée du congé. C’est une année complète, ou alors quelques jours, voire quelques semaines.
  • Un congé de maternité à la résidence offre l’avantage d’être rémunéré, en plus de pouvoir s’échelonner sur quelques semaines, quelques mois, ou sur un an et plus.
  • Vous aurez besoin d’un bon réseau de soutien, soit d’un conjoint très disponible ou de parents ou amis qui vont pouvoir vous donner du temps. Idéalement, une combinaison de tout cela.
  • Si vous désirez allaiter tout en poursuivant vos études ou stages, vous devrez pomper votre lait fréquemment.
  • Vous pourriez vouloir inscrire votre enfant le plus tôt possible sur les listes d’attente pour les CPE/garderies.
  • Votre sommeil devra devenir une priorité.
  • Vous pourriez vous sentir coupable d’être une « mauvaise mère » et une « mauvaise étudiante en médecine », car vous ne pourrez jamais tout faire. Bref, il y aura du lâcher-prise à faire!
  • Vous pourriez vous sentir jugée par les autres étudiants en médecine, pour qui les études sont la priorité et « devrait être » la vôtre!
  • Votre faculté pourrait être peu accommodante. On rapporte habituellement plus de compréhension de la part des directeurs de stage, sur une base individuelle, que de la part des facultés en général.
  • Demander de l’aide : vous ne pourrez pas tout faire toute seule!
  • Même si on achète tout de seconde main et que l’on reçoit beaucoup de cadeaux, avoir un bébé est un stress financier considérable. Il faut en être conscient.

S’il n’y a pas de moment idéal pour avoir un enfant, il a peut-être des moments pires que d’autres et des moments un peu plus propices. Pour ne pas y perdre sa santé physique et mentale, essayez de vous préparer au maximum à l’avance et de consolider votre réseau de soutien pour le bébé et votre réseau en médecine.

Si vous êtes enceinte présentement ou si vous avez un jeune enfant, et si vous vous sentez épuisé(e), complètement dépassé(e), de plus en plus irritable ou cynique, de moins en moins intéressé(e) par les choses qui vous faisaient plaisir avant, si la nourriture ne goûte plus rien pour vous, si votre libido est inexistante, si votre poids fluctue anormalement, allez consulter sans tarder. Parlez-en à quelqu’un en qui vous avez confiance.

Rappelez-vous que les études en médecine deviennent progressivement plus exigeantes, du préclinique à la résidence. Si ça ne va pas maintenant, il vous sera sans doute excessivement difficile de « reprendre le dessus » sans faire une pause.

Et faire une pause pendant ses études en médecine, ce n’est pas grave!

Èvelyne Bourdua-Roy
R1 médecine familiale, UMF Sacré-Cœur de Montréal

 

Lire aussi L’année sympathique, Première ligne, volume 2 numéro 2, avril 2012

 

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