MÉDECINE DE FAMILLE ET ENGAGEMENT SOCIAL

MÉDECINE DE FAMILLE ET ENGAGEMENT SOCIAL

Photo en vedette : Activités de loisirs à la garderie multiethnique
au SIARI (Service d’Interprète, d’Aide et de Référence aux Immigrants)

Les soins médicaux auprès des populations vulnérables ont toujours fait partie de mes principaux intérêts depuis mon entrée en médecine. Quand j’ai vu l’annonce pour le stage INcommunity pour l’été 2015, organisé par le SCOI (Comité d’Immersion) d’IFMSA, j’ai immédiatement, sans aucune hésitation, appliqué pour y participer. Je n’aurais jamais pu être aussi contente de mon choix. Contrairement à la majorité des stages d’été offerts en médecine, INcommunity n’implique pas vraiment de pratique clinique ni de recherche, mais plutôt une immersion communautaire et un engagement social. Le stage dure un mois et comprend quatre principaux volets : Migrants, Urbains, Autochtones et Contrevenants. J’ai choisi le volet Migrants, qui me permet de travailler auprès des immigrants, réfugiés et demandeurs d’asile dans la région de Montréal.

Étant moi-même une immigrante de première génération, je comprends parfaitement les multiples défis auxquels les nouveaux arrivants sont confrontés lors de leur intégration. Comme eux, j’ai vécu tous les types de changements qu’on peut lister : culture, langue, environnement, alimentation, climat, etc. Le délai de trois mois de carence des soins de santé représente un vrai problème pour les nouveaux arrivants. J’ai entendu de nombreuses histoires tristes et touchantes de familles qui ont dû prendre des années pour repayer complètement leur dette médicale accumulée lors de leur première année au Québec à cause du délai de carence. Les répercussions ne sont pas minimes : l’insécurité financière et l’anxiété ont exercé un effet considérable sur le bien-être physique et psychologique de ces familles. Voilà pourquoi j’ai participé à ce stage : pour acquérir les outils nécessaires afin de pouvoir aider ces gens qui ont besoin d’être traités au-delà de leurs maladies physiques.

La maison bleue

La maison bleue

Le stage INcommunity m’a offert beaucoup d’expériences provenant d’une panoplie d’organismes. Ces derniers sont très variés, au point où cela m’a grandement étonné que je n’en aie jamais entendu parler lors de mon arrivée au Québec. Durant les quatre semaines du stage, j’ai participé aux activités de différents organismes dont la clientèle est principalement constituée d’immigrants : la Maison bleue, les différentes cliniques spécialisées du département de pédiatrie de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont ainsi que la clinique de pédopsychiatrie du CLSC Parc-Extension. La Maison bleue est un organisme de bienfaisance dont le but principal est de venir en aide aux femmes enceintes et à leur famille vivant dans un contexte de vulnérabilité, qui peut comprendre des situations de pauvreté, d’abus, de violence et de statut migratoire précaire, pour ne nommer que quelques exemples. L’équipe comprend un médecin, une sage-femme, un travailleur social et d’autres intervenants qui offrent de l’accompagnement et du soutien aux familles vulnérables. Les cliniques spécialisées de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont comprennent la clinique d’adoption, la clinique d’accueil et la clinique transculturelle. Ces cliniques sont menées par des pédiatres et des médecins de famille ayant beaucoup d’expérience de travail avec les patients multiethniques dont les problèmes de santé sont souvent reliés au contexte migratoire et aux déterminants sociaux de la santé. J’ai également travaillé auprès d’organismes plus communautaires que médicaux, comme le centre SIARI (Service d’Interprète, d’Aide et de Référence aux Immigrants), la Maison d’Haïti et le CRIC (Carrefour de Ressources en Interculturel).

Activités de loisirs à la garderie multiethnique au SIARI (Service d’Interprète, d’Aide et de Référence aux Immigrants)
Même s’il existe un grand nombre d’organismes qui fournissent de l’aide aux immigrants, la plupart des plans d’action de ces organismes restent assez identiques de l’un à l’autre. Par exemple, l’enseignement de la langue française, les séances d’information sur les ressources sociales québécoises, les soutiens à l’insertion d’emploi et autres types de soutien se retrouvent dans le programme de presque tous les centres. Cela s’explique par le fait que chaque centre se situe dans des arrondissements différents de la ville de Montréal et que chacun cible les habitants dudit arrondissement. Une autre caractéristique que partagent la majorité de ces centres de soutien est le fait qu’ils travaillent de concert avec différents organismes communautaires et institutions gouvernementales, leur permettant d’être un intermédiaire essentiel entre le fonctionnement souvent complexe des organisations publiques et parapubliques  et les difficultés d’installation qu’éprouvent les nouveaux arrivants au Québec. Certains autres organismes, comme « Les Femmes relais », n’offrent pas directement de services, mais agissent plutôt comme un centre de référence aux ressources appropriées offertes par les organismes partenaires pour s’adapter aux besoins spécifiques de chaque usager.

Les intervenants sont très engagés et dévoués à leur cause. La plupart des intervenants que j’ai rencontrés dans ces milieux sont eux-mêmes des immigrants avec des histoires et parcours variés. Ils comprennent, à un certain point, les difficultés vécues par les nouveaux arrivants, ayant probablement enduré les mêmes situations que ceux-ci auparavant. En partageant leurs propres histoires d’intégration à la société d’accueil, ces intervenants deviennent, dans une certaine mesure, un modèle de référence pour les personnes immigrantes qu’ils reçoivent.

Ainsi, les expériences que j’ai acquises lors de ce stage m’aideront certainement à assister les gens qui sont dans les mêmes circonstances que ma famille et moi avons été, car je comprends très bien leurs inquiétudes, leur peur et leur anxiété durant ces moments incertains et difficiles. Ces expériences seront des outils précieux tout au long de ma future pratique médicale en médecine familiale, qui est la spécialité où nous pouvons, selon moi, apporter le plus de soutien  à nos patients tout en ayant recours à notre expertise scientifique.

Linh Thuy Ngo, équipe 2016-2017
Thuy Linh Ngo
Étudiante de 4e année
Université de Montréal au campus de Montréal

 

Cet article utilise l’orthographe moderne recommandée.

Dans ce numéro