Le projet de loi 20 : la médecine familiale, une pratique en constant changement

Le projet de loi 20 : la médecine familiale, une pratique en constant changement
Serge Keverian, MD R1 en MF Administrateur responsable des Affaires pédagogiques – médecine familiale Fédération des médecins résidents du Québec

Serge Keverian, MD, R1 en MF Administrateur responsable des Affaires pédagogiques – médecine familiale, FMRQ

Après avoir présidé les destinées de la Fédération médicale étudiante du Québec l’an dernier, le Dr Keverian a rapidement sauté dans l’arène pour continuer son implication en devenant administrateur de la Fédération des médecins résidents du Québec (FMRQ) et responsable des affaires pédagogiques – Médecine familiale à la FMRQ. À ce titre, il contribuera, avec ses collègues, à la valorisation de la discipline et à la qualité de la formation en médecine familiale. Et dans le contexte actuel de réorganisation du réseau de la santé par le biais des projets de loi no 10 et 20, la FMRQ poursuivra ses interventions pour assurer à la relève médicale une carrière enrichissante qui répond à ses attentes. « Ces projets de loi visent les médecins mais la réalité, c’est qu’une collaboration interdisciplinaire sera primordiale pour adresser la problématique de l’accessibilité », soutient-il.

Une promesse brisée : la diversité de la pratique
Au fil des années, on a attiré les étudiants vers la pratique en médecine familiale en faisant valoir la diversité de la pratique et le fait que chaque médecin peut moduler sa pratique tout au long de sa carrière. « En fait, soutient le Dr Keverian, la diversité de la pratique est la raison pour laquelle j’ai choisi la médecine familiale, soutient l’administrateur de la FMRQ, notamment parce qu’elle permet une carrière plus balancée. Je suis d’abord et avant tout un gars d’urgence. Le travail en milieu hospitalier et la prise en charge en GMF m’intéressent aussi. Les cas de trauma et la salle de réanimation me passionnent ! »

Présentement, il y a une discordance entre les valeurs véhiculées par le Ministre et les valeurs soutenues dans les milieux. En 2009, poursuit-il, le gouvernement avait mis sur pied un Groupe de travail sur l’attractivité et la valorisation de la carrière en médecine familiale dont un des objectifs était de promouvoir la diversité de la pratique. Ce groupe avait permis d’augmenter le pourcentage de postes disponibles en médecine familiale mais aussi le nombre de candidats faisant de la médecine familiale leur premier choix. Malheureusement, le groupe a été dissous et le gouvernement opère aujourd’hui un virage à 180 degrés.

« C’est très décevant de se faire imposer des restrictions qui changent nos choix de carrière en cours de route, souligne-t-il. Serge Keverian craint que le PDL 20 crée un désintérêt pour la médecine familiale, une problématique contre laquelle les médecins québécois ont lutté – avec succès – depuis les 10 dernières années. « Ce projet de loi fait marche arrière sur les efforts que nous avons mis pour valoriser notre pratique, poursuit-il ». D’après le Dr Keverian, « c’est la relation patient-médecin, la pierre angulaire de notre pratique, qui en subira les conséquences. Les quotas imposants déshumaniseront la pratique en mettant l’accent sur la quantité et non la qualité des soins. Malheureusement, ce seront les patients qui en paieront le prix ». D’ailleurs, il fait référence à un projet de recherche québécois qui démontre qu’un groupe de femmes médecins, qui prenaient plus de temps avec leurs patients – conséquemment facturant moins d’actes médicaux – avaient de meilleurs résultats en terme d’indicateurs de qualité de soins que leurs collègues masculins.

L’interdisciplinarité, une partie de la solution
En ce qui a trait à l’interdisciplinarité, le Dr Keverian croit qu’il y a beaucoup d’ouverture au sein de la communauté médicale à voir un plus grand nombre de collaborateurs dispenser des soins aux patients. La prise en charge doit être partagée. Quant au taux d’inscription des patients de 85 % souhaité par le Ministre d’ici le 31 décembre 2017, le Dr Keverian soutient qu’avec un taux actuel de 68 %, cet objectif est irréaliste en si peu de temps.

En conclusion, le Dr Keverian partage sa vision de l’entente FMOQ-MSSS qui, selon lui, adresse beaucoup mieux la complexité de l’accessibilité aux soins que le projet de loi 20. De plus, cette entente offre aux médecins les ressources qui leur permettront d’assumer une plus grande charge de patients. Je garde par contre certaines réserves quant à l’échéance de ce projet…

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