Stage au Bénin

Stage au Bénin

Ils sont trois à s’être succédé devant moi, tous basanés par le soleil d’Afrique. Marianne Comeau-Gauthier, Gabriel Foucault et Marion Mercier, étudiants de l’Université de Sherbrooke, campus de Saguenay, se sont tous embarqués dans l’aventure qu’est un stage d’été à l’étranger, plus précisément au Bénin. J’ai tenté d’en apprendre plus sur leur expérience et les différences entre la pratique des médecins de famille au Québec et au Bénin.

Ce qui, en général, a immédiatement frappé les étudiants a été le manque de ressources matérielles. En effet, les hôpitaux étaient petits, dénués de l’arsenal technologique de base que nous avons tendance à tenir pour acquis au Québec, comme l’équipement radiographique. Ce contexte de moyens limités vient aussi expliquer pourquoi, à la grande surprise de nos trois étudiants, le patient — ou sa famille — devait débourser les frais de consultation avant même de consulter et de recevoir une prescription. Il était fréquent de rencontrer des médecins ayant devant eux des patients dans un état critique, mais devant attendre un paiement avant de prodiguer les soins requis.

Il ne faut cependant pas croire ces médecins insensibles, puisqu’ils portaient un soin particulier à comprendre la réalité de leur patient, autant sur le plan financier que social; cela venant grandement influencer la solution ultimement proposée au patient (le modèle béninois est encore très paternaliste, la prise de décision partagée et le consentement libre et éclairé sont encore peu utilisés). En effet, les omnipraticiens évaluaient toujours le potentiel d’observance de la clientèle selon son contexte de vie, choisissant l’option de traitement qui avait le plus de chances d’être respectée à long terme, de par sa simplicité et son accessibilité — il n’était pas rare qu’un individu doive se présenter à trois pharmacies différentes pour obtenir toutes ses prescriptions! Nos trois stagiaires s’entendent pour dire qu’un questionnaire plus approfondi permettant de mieux cerner la réalité du patient, de même qu’encourager la participation des proches dans les soins, sont des éléments observés au Bénin qui pourraient enrichir la pratique des médecins au Québec.

Un autre aspect auquel nos aventuriers ne sont pas restés insensibles est l’ampleur du travail que les médecins omnipraticiens béninois réalisaient. Effectivement, plusieurs patients n’avaient que les moyens de consulter un médecin généraliste et ne pouvaient aller consulter d’autres spécialistes, souvent dans les hôpitaux des villes avoisinantes. Ainsi, le médecin de famille, sachant qu’il était le seul recours du patient, se devait d’avoir un champ de pratique beaucoup plus large que celui que l’on retrouve au Québec, devant alors tenter de porter le chapeau de cardiologue, de pneumologue et ainsi de suite. Cependant, il pouvait compter sur le support plus important des autres spécialistes de la santé, dont le champ de pratique était également élargi.

Cette collaboration interprofessionnelle ne se limitait toutefois pas qu’à la relation avec d’autres professionnels de la santé de l’hôpital, mais s’étendait aussi à celle avec les tradithérapeutes, ces individus pratiquant la médecine traditionnelle, un art ancestral. La tradithérapie étant une institution bien établie au Bénin, l’appel à cette dernière est souvent le premier recours des Béninois, parfois encore méfiants de la médecine moderne. Ainsi, les omnipraticiens avaient souvent à composer avec cette réalité et faisaient preuve de sagesse en tentant non de travailler contre la médecine traditionnelle, mais en tentant d’y intégrer parallèlement les principes de médecine moderne, afin de favoriser, une fois de plus, une meilleure observance du traitement. Il semble donc que pour nos étudiants, cette approche pourrait être plus avantageuse à adopter, dans une pratique future, lorsque confrontés à des patients d’origines culturelles et de croyances différentes.

Il est clair que la pratique médicale au Bénin est difficile, de par le manque de ressources et la forte influence culturelle, pour ne nommer que deux raisons. C’est cependant ce dépaysement qui a permis à nos trois stagiaires de vivre une expérience enrichissante et qui, m’ont-ils assuré, a apporté une nouvelle perspective à leur apprentissage qui influencera leur pratique future.

Gabrielle VoisineGabrielle Voisine
Université de Sherbrooke, campus de Saguenay

 

Lire aussi : Six semaines au Bénin par Rose Marie Joncas (Première ligne, septembre 2013)

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