Politique et médecine familiale

Politique et médecine familiale

Photo : La Salle de l’Assemblée nationale du Parlement de Québec

Note de la rédaction : Cette entrevue a eu lieu à l’hiver 2014 avant le déclenchement des élections provinciales. La Dre Daneault ne s’est pas représentée aux élections du 7 avril 2014 et n’est plus députée de Groulx. Nous publions néanmoins cet article qui explique tout de même une variété de pratique qui concilie médecine familiale et politique.

Combiner une carrière politique à celle de médecine familialeAu cours de notre formation, l’importance de l’implication dans la communauté est soulignée à de nombreuses reprises. En tant que futurs médecins, nous sommes encouragés à développer une implication communautaire et sociale, ainsi qu’à devenir des citoyens modèles. Certains médecins de famille, dans ce sens, vont plus loin encore et s’impliquent dans le système politique. C’est le cas de Dre Hélène Daneault, médecin de famille, mairesse de Rosemère, de 2005 à 2012 et députée caquiste du comté de Groulx à l’Assemblée nationale de septembre 2012 à mars 2014Première ligne s’est entretenue avec Dre Daneault afin de bénéficier de son témoignage concernant la possibilité de combiner une carrière politique à celle de médecine familiale.

Pourriez-vous nous décrire votre cheminement vers la politique?
C’est surtout la prévention en santé publique qui m’y a amenée. À la suite de l’hospitalisation de mon fils cadet, il y a 11 ans, pour une infection sérieuse à la bactérie E. coli qui s’était retrouvée dans l’eau potable de Rosemère, j’ai talonné l’administration municipale pour comprendre comment ils avaient échoué dans leur prestation de service, mais aussi dans la diffusion de l’information. Peu satisfaite des réponses qui m’ont été fournies, j’ai accepté de m’impliquer comme candidate aux élections de 2002 et j’ai été élue conseillère municipale dans l’opposition. Seule l’implication permet de changer et d’améliorer les choses! Forte de cette expérience et de mon intérêt, non seulement pour la santé publique, mais aussi pour les dossiers municipaux, je me suis présentée à la mairie et j’ai remporté la victoire; j’ai été réélue sans opposition en 2009 avant de quitter ce poste pour devenir députée en septembre 2012 parce que la dégradation de notre réseau de santé, que je constate depuis 28 ans de pratique, doit être inversée.

Il faut s’impliquer pour les bonnes raisons, pas pour la reconnaissance publique. J’ai toujours eu cette vocation pour me porter volontaire au mieux-être des mes concitoyennes et concitoyens.

En quoi consiste le mandat de député?
Comme représentant de la population, le député remplit 3 rôles principaux : législateur, contrôleur de l’action gouvernementale et intermédiaire entre les citoyens et l’Administration publique. En plus de ces 3 rôles, le député adopte occasionnellement celui d’« ambassadeur de l’Assemblée », qu’il exerce lors de sa participation à des missions à l’étranger. Ces missions ont lieu dans le cadre des relations interparlementaires de l’Assemblée. À l’Assemblée et en commission parlementaire, certains députés exercent aussi une ou plusieurs fonctions parlementaires.

Quels sont vos plus grands défis relativement à cette fonction?
La réorganisation du réseau de la santé dans un contexte où les clientèles vulnérables sont confrontées à une attente interminable. La réduction de la taille de l’État est également prioritaire et j’interviens régulièrement sur ce sujet. Un État 2.0, plus efficace et tourné vers l’approche-client c’est impératif!

En quoi votre expérience de médecin généraliste vous aide dans votre fonction politique?
Je demeure branchée sur le terrain et je suis à même de constater l’état de notre réseau de santé. À Québec, je peux témoigner de ce que je vois dans ma circonscription à ce sujet.

Qu’est-ce que cette expérience vous a apporté?
Il faut être à Québec pour réaliser la lenteur de l’État et des travaux parlementaires. Au municipal, j’ai été habituée à l’atteinte des objectifs et à la résolution rapide de problème. Au gouvernement, c’est difficile de faire bouger l’agenda!

À quoi ressemble une semaine type dans votre agenda?
Ça débute le lundi avec des rencontres citoyennes au bureau de circonscription et du sans rendez-vous à la clinique. Je quitte tôt le mardi pour Québec, où nous avons un caucus des députés de la 2e opposition. J’assiste à la période de questions quotidienne en Chambre et je participe à des commissions parlementaires. Je reviens faire du bureau de circonscription le vendredi et du sans rendez-vous à la clinique médicale. Mon agenda est bien chargé : je ne pouvais abandonner mes patients!

Selon vous, quelle est la place du médecin de famille dans le système politique et dans la gestion du système de santé?
Le médecin de famille doit pouvoir participer davantage qu’il ne le fait actuellement. Par manque de temps, on ne s’implique pas suffisamment. Il faut le faire pour rétablir notre réseau de santé, pour que le gouvernement développe une vision tournée vers la clientèle, c’est-à-dire vers la mise en place de corridors d’accès prioritaires qui vont réduire l’attente intenable et la détérioration de la condition des patients.

D’un point de vue personnel, quels sont les différents enjeux de la médecine de demain?
Le vieillissement de la population est un enjeu majeur. Les gens vivent de plus en plus vieux, ils sont de plus en plus nombreux. Par ailleurs, il faudra aussi s’assurer que la médecine de demain intègre mieux les nouvelles technologies; il faut être à jour à ce chapitre!

 En quoi le fait d’avoir une image publique interfère dans la relation thérapeutique avec vos patients?
Ça n’interfère nullement dans ma relation avec les patients. Au contraire, ces derniers sont bien avisés que c’est le médecin qui est avec eux, et non la députée. Lorsque je rencontre un citoyen à mon bureau de députée, il sait qu’il parle à la membre de l’Assemblée nationale. Je ne mêle pas les 2 fonctions.

Quelle trajectoire conseilleriez- vous à un étudiant qui serait intéressé à une carrière comme la vôtre?
Il faut s’impliquer pour les bonnes raisons, pas pour la reconnaissance publique. J’ai toujours eu cette vocation pour me porter volontaire au mieux-être des mes concitoyennes et concitoyens. C’est ce qu’ont en commun mon cheminement en médecine et celui en politique. Cela exige d’y consacrer temps et énergie, mais c’est très valorisant!

Auriez-vous un autre message à transmettre à nos lecteurs?
Comme médecins, c’est l’implication dans la communauté qui fait la différence. Nous sommes plus que de simples professionnels de la santé, nous sommes des citoyens à part entière et nous avons le devoir de nous impliquer pour une société plus juste et plus solidaire.

Audrey ForgetPropos recueillis par Audrey Forget
Université de Sherbrooke

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