L’équipe d’intervention en santé de proximité de Trois-Rivières

L’équipe d’intervention en santé de proximité de Trois-Rivières

Le 8 janvier dernier a eu lieu l’aboutissement du début d’un rêve pour le Dr Samuel Blain, omnipraticien. En effet, la toute nouvelle équipe d’intervention en santé de proximité de Trois-Rivières venaient d’accueillir ses premiers patients! Le projet, après avoir germé dans l’esprit de plusieurs intervenants de la région pendant près de 15 ans, est né de l’initiative du Dr Blain en partenariat avec les responsables de quatre organismes impliqués dans l’intervention en itinérance, soient l’Équipe Itinérance ainsi que le centre de réadaptation en dépendance Domrémy, le Centre Le Havre et l’organisme Point de Rue.

Dr Samuel Blain

Dr Samuel Blain

Un peu d’histoire…
Samuel Blain, originaire de St-Hyacinthe, a débuté ses études post-secondaires par un DEC en Sciences, Lettres et Arts au Cégep de Trois-Rivières. Par la suite, plutôt que d’entreprendre directement des études universitaires, il a mis les voiles et voyagé un peu partout dans le monde pendant près de 3 ans. Pendant cette période, il revenait l’été dans sa ville d’attache, Trois-Rivières, pour y travailler comme intervenant psychosocial dans les parcs municipaux. Déjà à cette époque, l’idée de la médecine de proximité commençait à lui titiller l’esprit…

Ce n’est pourtant pas vers la médecine que le jeune homme s’est alors dirigé; il a plutôt fait un baccalauréat en biophysique puis une maîtrise en biochimie. Ce n’est qu’ensuite qu’il a finalement postulé en médecine et débuté son doctorat à l’Université de Montréal. Son stage d’externat en santé communautaire et la rencontre de Patrick Berthiaume, sexologue, lui ont ouvert la porte sur les différents organismes travaillant en intervention en itinérance dans la région de Montréal, lui permettant de poursuivre un intérêt qu’il nourrissait déjà depuis plusieurs années. La polyvalence et la diversité de la pratique, la possibilité d’indépendance des milieux hospitaliers, la vision globale du patient ainsi que la possibilité de comprendre en profondeur la nature humaine l’ont incité à se diriger vers une résidence en médecine familiale, à Shawinigan. Au début de sa carrière, il fit principalement du bureau, ayant une préférence pour la clientèle pédiatrique, et de l’urgence, tout en étant impliqué dans l’enseignement auprès des externes et résidents du CSSS de l’Énergie. En 2009, il se joint à la Clinique médicale St-Marc de la Coopérative Santé Shawinigan.

Après avoir travaillé pendant des mois sur la mise sur pied et l’organisation de la nouvelle clinique d’intervention en santé de proximité, Dr Blain peut maintenant y consacrer environ une journée par semaine, alors qu’il continue de faire 2 jours d’urgence et deux jours de bureau par semaine en plus de s’impliquer dans l’enseignement, notamment en animant les cours d’IMC-IDC des étudiants du préclinique.

LE PROJET
La toute nouvelle équipe de médecine de proximité se distingue des autres initiatives mises sur pied au Québec, puisqu’elle a été créée en partenariat direct avec les différents organismes mentionnés ci-haut, et que les soins sont donnés au sein même des locaux de ces organismes. En plus du Dr Blain, l’équipe est composée d’une infirmière ainsi que du Dr Mathieu Riopel, qui s’est récemment joint à la cause.

Quel que soit le cas, il s’agit d’une approche biopsychosociale complète qui permet vraiment de comprendre le patient dans sa globalité.

Pourquoi avoir décidé de créer l’équipe d’intervention en santé de proximité?
C’est évidemment le besoin réel d’optimiser les ressources en intervention en itinérance à Trois-Rivières qui a fait murir le projet. Pour Dr Blain, c’était aussi l’envie d’expérimenter une nouvelle façon de travailler avec cette population qu’il côtoyait déjà depuis un bon bout de temps, ainsi qu’une nouvelle occasion de varier sa pratique en tant que médecin de famille.

Le choix des patients
Le but de la clinique est de venir en aide aux patients qui sont incapables de fréquenter le réseau de santé traditionnel. Ainsi, les patients qui risquent de décompenser si on les met dans un milieu comme l’urgence, par exemple, seront vus par les professionnels de la santé de l’équipe. On y verra également les patients qui auraient besoin d’un accompagnement dans le système ainsi que ceux qui ne consulteraient pas si le service n’était pas disponible. Les patients ne répondant pas aux critères sont redirigés vers le système de santé « normal », accompagnés ou non par un intervenant.

Les patients sont d’abord rencontrés par les intervenants de l’organisme ou du centre en fonction de leurs demandes. Ces derniers permettent de faire un premier tri et ainsi d’éviter à l’infirmière et aux médecins de se retrouver avec des demandes de papiers pour l’aide sociale ou de renouvellement de prescriptions de narcotiques, par exemple. Ensuite, l’infirmière rencontre les patients le mardi, obtient une histoire plus détaillée qui est mise au dossier, ce qui permet un deuxième tri. Finalement, si c’est nécessaire, elle fait revenir le patient le lendemain pour une rencontre avec le médecin.

La rencontre
Les médecins rencontrent les patients une semaine au Centre Le Havre et l’autre semaine à Point de Rue, dans les deux salles qui ont été aménagées à cet effet dans chacun des organismes. On retrouve également un bureau pour l’infirmière, où du matériel est disponible pour des chirurgies mineures, comme par exemple du drainage d’abcès, lorsque nécessaire.

Dans le but de favoriser la création d’un lien de confiance, particulièrement important avec ce type de clientèle, un intervenant est présent lors de la rencontre avec le médecin. L’intervenant est mis au courant du dossier médical du patient si celui-ci y consent, et agit également comme pivot lorsque le patient doit se rendre à l’hôpital pour des investigations complémentaires. C’est vraiment du travail interdisciplinaire!

Les cas « typiques »
La clinique étant ouverte depuis seulement quelques semaines (et à raison d’une journée par semaine), il est difficile de répondre à cette question en ce qui a trait spécifiquement à la clientèle de Trois-Rivières… Mais ça peut aller d’une douleur costale ou de symptômes de prostatisme à des cas psychiatriques très lourds. Quel que soit le cas, il s’agit d’une approche biopsychosociale complète qui permet vraiment de comprendre le patient dans sa globalité.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce type de pratique médicale?
« La complexité, la lourdeur des cas, mais aussi le caractère imprévisible de ce type de clientèle. On doit tenir compte de plusieurs particularités, qu’on a beaucoup moins à se soucier lorsqu’on traite la clientèle « conventionnelle ». Un exemple bien simple; on ne peut prescrire des benzodiazépines ou des narcotiques sous aucun prétexte.

L’approche du patient dans son ensemble, c’est très stimulant… mais démasquer le bio du psycho et du social n’est pas toujours évident! C’est difficile, certes, mais c’est ce qui fait de ce type de pratique un défi incroyable à relever. »

En conclusion, Dr Blain, auriez-vous des recommandations à donner à des jeunes étudiants en médecine qui voudraient s’impliquer auprès de ce type de clientèle plus tard?
« La médecine de proximité est fascinante par sa globalité, et travailler auprès de ce type de clientèle, c’est très valorisant! Mais ce n’est pas donné à tout le monde; on travaille avec des gens qui ont souvent des conditions psychiatriques sévères, des dépendances graves, un manque d’hygiène important, etc.  Le seul conseil que j’aurais à donner à quelqu’un qui veut s’impliquer, c’est d’aimer cela, tout simplement. »

C’est donc un départ pour l’équipe d’intervention en santé de proximité de Trois-Rivières. Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais tout est en place pour qu’on puisse croire au succès de l’initiative! L’enthousiasme du Dr Samuel Blain est palpable; déjà, il parle d’étendre le projet à sa ville d’adoption, Shawinigan, d’ici quelques années…

Les acteurs principaux du projet

Équipe Itinérance : Elle est composée de quatre intervenants mobiles (deux psychoéducateurs, un infirmier et un éducateur spécialisé) qui vont sur le terrain à la rencontre des personnes vivant une situation d’itinérance.

Centre de réadaptation en dépendance - Mauricie-Centre du QuébecDomrémy Mauricie-Centre-du-Québec : La mission consiste à offrir des services spécialisés d’adaptation ou de réadaptation et d’intégration sociale aux personnes toxicomanes ou à haut risque de toxicomanie ainsi qu’aux personnes aux prises avec des problèmes de jeu pathologique dans l’ensemble de la région Mauricie et Centre-du-Québec.

Centre du HavreLe centre du Havre : La raison d’être du Centre Le Havre de Trois-Rivières est de prévenir le développement de l’itinérance et de favoriser la réinsertion sociale des personnes les plus vulnérables et démunies, en situation de rupture sociale. Le centre offre un hébergement 24h par jour,  7 jours par semaine.

Point de ruePoint de rue : L’organisme communautaire œuvre à Trois-Rivières depuis plus de 20 ans et offre des services de travail de rue, du dépannage alimentaire et vestimentaire, des plateaux de travail, un journal de rue et un centre de jour, qui demeure le seul lieu d’accueil inconditionnel pour les gens de la rue entre Montréal et Québec.

 

Témoignage d’une résidente impliquée dans l’équipe
Dans le cadre d’un stage optionnel en santé communautaire, volets santé mentale et toxicomanie, j’ai pu faire partie de la nouvelle équipe de médecine de proximité à Trois-Rivières. La naissance de ce projet est dynamique, alliant les forces entre les intervenants des organismes et les services de santé plus traditionnels. Comme résidente, j’ai trouvé ma première rencontre un peu intimidante, en ce sens que nous n’avons pas beaucoup de contact avec ce type de clientèle dans notre cursus de base. Il y aussi le vécu de ces gens qui peut être très lourd en événements difficiles… donc plus ardu à questionner et creuser. Il faut tenter d’établir le lien de confiance et ouvrir ces gens qui ne sont pas nécessairement habitués à parler de leurs problèmes comme on le fait chez le médecin… Rapidement par contre, je me suis sentie plus à l’aise, fascinée de créer un lien thérapeutique. Dans un de nos cours au préclinique, nous avions appris les différentes sphères de la maladie : « Ill, illness, sickness ». Ça m’est revenu en tête en faisant ce stage, en ce sens que oui, il y a la maladie comme nous la diagnostiquons, mais il y a aussi la compréhension que le patient a de sa maladie, comment il vit avec dans son quotidien, comment il crée parfois même son identité. De là tout le défi de lui proposer des services pour améliorer son bien-être, en sachant respecter son intégrité et sans imposer notre savoir médical aux traitements qu’il utilise parfois depuis plusieurs années… à risque de perdre le fragile lien de confiance. Mon stage a été un coup de cœur, cette initiative fait montre d’une ouverture d’esprit et d’un humanisme qui m’inspirent beaucoup…
– Qualilou St-Onge Résidente 1 en médecine familiale, UMF Trois-Rivières

Camille PlourdeCamille Plourde
Université de Montréal – campus Mauricie

Dans ce numéro