Dre Marie-Dominique Beaulieu

Dre Marie-Dominique Beaulieu

Pour cet article, Première ligne s’est entretenue avec la docteure Marie-Dominique Beaulieu, présidente du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC). Le 8 juin dernier, Dre Beaulieu a été la première femme à recevoir un doctorat honorifique de l’Université Laval. Elle s’est particulièrement investie dans la recherche en ce qui concerne les soins de première ligne.

Dr Marie-Dominique BeaulieuUn cheminement intuitif
Dre Beaulieu étudie la médecine à l’Université Laval et son choix pour la médecine de famille est simple et intuitif : tout l’intéresse et la médecine familiale lui permet d’élargir son champ de pratique. De plus, cette pratique lui offre l’occasion de parler aux gens et d’être proche des patients. Elle termine donc sa résidence en médecine familiale en 1978.

Dès lors, elle participe à l’évolution des connaissances et suit une formation de Fellow en recherche au Kellogg Centre for Advanced Studies in Primary Care de l’Université McGill. Par la suite, elle peaufine ses capacités de chercheuse à l’aide d’une maîtrise en épidémiologie. En 1990, elle obtient le titre de Fellow du CMFC.

Le rôle de présidente du Collège des médecins de famille du Canada (CMFC)
Dre Beaulieu décrit son rôle comme étant principalement celui de porte-parole de l’ensemble des membres, notamment dans l’objectif de faire valoir certains aspects de santé publique qui lui tient à cœur, comme, entre autres, le sodium dans l’alimentation et la publicité sur la malbouffe. D’après Dre Beaulieu, c’est l’occasion rêvée de « mettre l’épaule à la roue »! C’est également un travail d’équipe où elle rencontre des membres de toutes les provinces possédant une grande variété de pratique. Ceci lui offre l’avantage de voir et de comprendre la médecine de famille dans sa globalité. Pour Dre Beaulieu, c’est un honneur et un privilège de faire partie de cette grande profession.

Ses plus grands défis à titre de présidente
Il faut savoir être utile et à l’écoute des intérêts de l’équipe du CMFC et des membres afin de les guider de façon sage : « Il s’agit d’un travail d’équipe, le but n’est pas de mettre de l’avant un agenda personnel », annonce-t-elle. Concrètement, elle travaille à créer des outils pour permettre à certains médecins de famille de s’adapter à la pratique en GMF et à mettre sur pied certaines formations, notamment le Cursus triple C, axé sur le développement des compétences.

De 2000 à 2010, Dre Beaulieu a été titulaire de la chaire de recherche Dr Sadok Besrour, ayant pour mission de contribuer au développement et à la diffusion des connaissances en médecine de famille en collaboration avec les autres disciplines. En quoi consiste ce type de mandat?
Dre Beaulieu explique qu’une chaire de recherche consiste en un ensemble de moyens dédiés à faire avancer les connaissances concernant une problématique de recherche. La chaire Dr Sadok Bersour a été la première à s’intéresser à la pratique de la médecine familiale au Québec. Elle doit son nom au médecin qui a eu l’initiative de faire une levée de fonds pour approfondir la coordination de la médecine de première ligne, de la qualité des soins et de l’accès aux soins. Encore aujourd’hui, cette chaire est supportée par des fonds spéciaux.

Ainsi, le rôle de Dre Beaulieu consistait participer, à titre de membre, à la recherche, à écrire des demandes de fonds à des institutions physiques, à développer des partenariats avec des agences de santé et à organiser certains ateliers et colloques pour pouvoir diffuser les connaissances. Elle a notamment travaillé sur l’intégration de la prévention en médecine de famille, sur la collaboration interprofessionnelle et sur l’impact de la pratique en GMF sur la qualité des soins.

Une expérience enrichissante
Pour Dre Beaulieu, la recherche est enrichissante et nourrissante, car elle lui a permis de réfléchir à sa pratique et de concrétiser ses objectifs de recherche. À titre d’exemple, sa pratique lui a permis de se questionner sur la façon de rendre les guides de pratiques cliniques plus aidants et intéressants, tout comme la recherche lui a permis d’avoir un regard critique sur sa pratique. « Ça m’a apporté beaucoup », dit-elle spontanément.

Quelle est la place de la médecine familiale dans la recherche médicale?
« La médecine de famille a de plus en plus de place en recherche médicale », avance Dre Beaulieu. Puisque 80% des soins sont donnés hors du contexte hospitalier, il est nécessaire et justifié d’y accorder une grande place en recherche. ». De plus, elle dénote que la formation scientifique et la pratique humaniste du médecin de famille permettent de faire le pont entre le monde social et biomédical de façon privilégiée.

Quel cheminement conseille-t-elle à un étudiant qui serait intéressé à faire de la recherche?
Dre Beaulieu explique que si l’on sent qu’on a de l’intérêt, l’idéal est de se donner une formation en recherche plus tôt que tard… Bien que non obligatoire, une formation en recherche est un atout inestimable et c’est plus facile de faire cette formation avant d’être en pratique active. Elle note toutefois qu’il n’est jamais trop tard si on a la piqûre. Elle propose une maîtrise en épidémiologie, en science clinique ou l’année de résidence additionnelle (R3) de Clinicien érudit à l’Université Laval. Elle encourage aussi les étudiants qui souhaitent découvrir le monde de la recherche de participer à un stage d’été.

Trois qualités nécessaires pour se lancer dans une telle carrière…

Selon Dre Beaulieu, trois éléments sont primordiaux :

  • De l’intérêt pour la démarche scientifique;
  • De la curiosité : un chercheur est quelqu’un de curieux qui remet tout en question;
  • Et le plus important, de la passion : Il faut être prêt à fournir les efforts nécessaires pour apporter les réponses à nos questions.

Un dernier mot sur son choix de carrière
« Je n’ai jamais regretté mon choix de carrière vers la médecine familiale. Ma profession m’a enrichie et en tant que spécialistes de la globalité. Nous avons la capacité et le privilège de travailler dans tous les domaines de la santé ». De plus, elle ajoute qu’il ne faut pas avoir peur de développer son goût pour la recherche et que les deux (médecine familiale et recherche) peuvent très bien aller ensemble.

Audrey ForgetAudrey Forget
Université de Sherbrooke

 

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