Recherche : pourquoi la médecine de famille (et les GIMF…)?!

Recherche : pourquoi la médecine de famille (et les GIMF…)?!
Dr Antoine Groulx, MSc, CCMF

Dr Antoine Groulx, MSc, CCMF

Nous sommes en 2009. Un médecin de famille clinicien, passionné d’administration et d’enseignement désireux d’ajouter une corde exotique de plus à son arc, fait le saut en recherche en se plongeant dans une maîtrise en administration de la santé. Sommaire d’une épopée aux résultats étonnants…

Contexte
Pour rester bien ancré dans mes dadas et sûr de pouvoir mieux comprendre le désintérêt qui sévissait alors pour la médecine de famille (MF), je me suis posé la question du bien-fondé des GIMF. En effet, aucune étude québécoise ne soutenait à l’époque leur pertinence et les raisons concrètes qui poussent les étudiants à choisir la MF.

Méthode
Usant d’une méthode de recherche novatrice parfaite pour les paresseux, je me suis mis en quête de leaders étudiants en médecine. Identifiés par leurs pairs à l’aide de sociogrammes (forme de questionnaires d’influence nominatifs), ces leaders ont été invités à se prononcer sur ce qui les faisait ou ferait choisir la MF lors de groupes de discussion tenus à McGill, UdeM et UdeS. L’intérêt de ces leaders tenait à leur pouvoir naturel et subconscient d’influencer leurs pairs. Ainsi, si l’on parvient à convaincre quelques leaders de choisir la MF, il y a fort a parier que de nombreux autres étudiants les suivront. Oui, paresseux.

Analyse
Après une rigoureuse analyse qualitative (informatique), j’ai produit un modèle évolutif plaçant les caractéristiques attribuées aux différentes spécialités au coeur du choix des leaders étudiants (modèle).

Résultats
Ce modèle traduit ainsi que les leaders étudiants sont influencés avant tout par la société et les gouvernements, puis les facultés de médecine (et leurs programmes de formation). Enfin, la famille et les collègues et des facteurs personnels complètent le tableau d’influence.

De manière étonnante, les rencontres ont montré qu’au Québec, les GIMF ne font pas que maintenir l’intérêt pour la MF, mais l’affectent parfois négativement! Ce paradoxe des GIMF québécois s’expliquait selon les leaders par le côté une peu geek club que les GIMF pouvaient revêtir dans un contexte sans groupe d’intérêt concurrent (groupes embryonnaires à l’époque, surtout dans les fac francophones).

Logo des GIMF

Logo des GIMF

Améliorer les GIMF
Comble du paradoxe, il apparait ainsi logique de soutenir les groupes d’intérêt concurrents pour accroitre l’intérêt pour la MF! Dans la même veine, il faut faire disparaitre le vocable de MF des activités pour mettre l’accent sur les compétences qu’on y développe (ex. Conférence d’un médecin accoucheur, sans spécifier s’il est MF ou gynécologue-obstétricien). De plus, bien que la majorité des activités organisées par les GIMF soit adaptée et porteuse pour les leaders, différentes avenues pourraient être envisagées pour maximiser leur influence. Parmi celles-ci, mettre davantage l’accent sur les indécis dans l’organisation des activités plutôt que de tenter d’intéresser des convaincus ou des rébarbatifs invétérés.

Enfin, une lutte sans merci contre le spécialisme (forme de fanatisme absolu de l’expertise ultime dans tous les domaines de la vie) devrait être menée sur toutes les tribunes! Le succès ultime de ces interventions propices à valoriser et promouvoir la MF  et le généralisme (antonyme du spécialisme reconnaissant l’importance d’une visio holistque et d’une compréhension globale de la vie) se mesurera à la hauteur de l’insistance de tante Nicole qui s’enquerra de votre choix de spécialité au party de Noël en préférant vous souhaiter la MF à la cardiologie ou la chirurgie.

Consultez le mémoire de maîtrise complet
Analyse des facteurs influençant le choix de programme de résidence des leaders étudiants en médecine du Québec : le rôle des GIMF

Dr Antoine Groulx, MSc, CCMF
Médecin de famille
Président du CA du CQMF

 

Dans ce numéro